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Impliquée dans une quarantaine de crimes, dont six meurtres, la mystérieuse tueuse en série baptisée le « Fantôme » a été traquée par la police pendant de nombreuses années. En 2009, le parquet dʼHeilbronn confirmait que la dangereuse meurtrière nʼavait jamais existé. Retraçons ici la fascinante histoiredʼune contamination introduite sur chaque scène de crime et la manière dont ISO 18385 peut, dans de pareils cas, prêter main forte à la criminalistique.

Si votre ADN est trouvé sur une arme ou sur une scène de crime, cela fait-il de vous un coupable ? La police le croit peut-être, mais lʼaffaire du « Fantôme de Heilbronn » prouve que la présence dʼADN humain étranger sur une scène de crime est bien plus courante que ce que lʼon pouvait penser. Ce constat a eu dʼimportantes répercussions pour la police scientifique.

En Allemagne, le « Fantôme » a fait la une des média après le meurtre dʼune policière. Les crimes imputés à ce « fantôme » sont trop nombreux pour en faire ici un compte rendu détaillé, mais depuis 1993 il sʼest retrouvé associé à une suite de meurtres, vols et autres exactions mineures. Quel est le point commun entre une série de crimes impitoyables et des actes de petite délinquance ? Peu de chose, si ce nʼest une empreinte génétique retrouvée sur toutes les scènes de crime et… incriminant la même personne.

Vous vous demandez certainement pourquoi les enquêteurs ne parvenaient pas à trouver lʼauteur des crimes puisquʼils étaient en possession de son ADN ? Comme lʼindique le Docteur Linzi Wilson-Wilde, Directrice de lʼinstitut national de médecine légale de lʼAgence consultative des forces de police dʼAustralie et de Nouvelle-Zélande, lʼenquête sʼest trouvée compliquée par plusieurs facteurs : disparité géographique entre les scènes de crime, manque de points communs entre les différents complices (Slovaques, Serbes, Roumains, Albanais et Irakiens). Qui plus est, les personnes condamnées pour certains des crimes de la liste disaient ne pas la connaître, aucune caméra de surveillance ne lʼavait filmée et, dʼaprès les témoignages, elle présentait des traits nettement masculins.

Les preuves nʼétant pas concluantes, les enquêteurs ont été amenés à reprendre le dossier. « Le nombre et la diversité des crimes ont conduit à une suspicion de contamination » explique encore le Dr Wilson-Wilde. Du matériel génétique humain avait été transféré aux bâtonnets de prélèvement, renvoyant les policiers à la case départ dans une série dʼenquêtes criminelles.

 

Confusion dʼADN

Crime scene

Après de nombreuses années passées à traquer lʼauteur de ces crimes odieux, en mars 2009, le mystère du « Fantôme » a finalement été éclairci. Les enquêteurs sont parvenus à la conclusion que le « fantôme » nʼexistait pas et que les bâtonnets de prélèvement utilisés étaient, en réalité, « contaminés ».

Aussi embarrassante soit-elle, cette affaire a le mérite dʼavoir mis en évidence le problème concret du risque de contamination humaine des produits. Quʼelle intervienne sur le lieu du crime ou pendant lʼanalyse au laboratoire, lʼintroduction dʼun ADN étranger sur un échantillon prélevé peut avoir des effets désastreux sur une enquête.

Comment cet ADN étranger peut-il être introduit ? Tout simplement au niveau de la fabrication des accessoires utilisés pour prélever et analyser le matériel génétique. Les accessoires employés sur les scènes de crime ou lors des essais médico-légaux peuvent être la source de ce type de contamination, souligne le Dr Wilson-Wilde en ajoutant : « Les techniques dʼanalyse génétique étant toujours plus sensibles, la contamination accidentelle lors de la fabrication du matériel de prélèvement est susceptible de générer un profil. »

Dans lʼaffaire Heilbronn, lʼexplication est la suivante : les bâtonnets de prélèvement utilisés provenaient tous de la même usine et lʼADN en question appartenait en fait à une salariée de lʼusine. Les procédures de stérilisation prévues pour éliminer bactéries, champignons et virus avaient bel et bien été appliquées mais les bâtonnets avaient néanmoins été contaminés par des particules de peau, des traces de salive, de sueur, ou dʼautres sécrétions humaines.

 

En finir avec la contamination

DNA sample

Comment la communauté criminalistique mondiale peut-elle prévenir ce type de problème à lʼavenir ? La solution réside en partie dans une nouvelle norme ISO publiée au début de lʼannée et qui a pour objet de réduire au maximum le risque de contamination génomique.

La norme ISO 18385:2016, Réduire le plus possible le risque de contamination de lʼADN dans les produits utilisés pour recueillir, stocker et analyser du matériel biologique en criminalistique – Exigences, est la toute première Norme internationale au monde traitant de la fabrication de matériel de collecte et dʼanalyse de lʼADN. Cette nouvelle norme spécifie les exigences de la communauté criminalistique mondiale quant à la fabrication des kits et matériels à usage unique servant à lʼanalyse de lʼADN.

« ISO 18385 fournit aux fabricants des conseils pour réduire le plus possible les risques de contamination » fait valoir le Dr Wilson-Wilde. « Elle établit également des critères dʼacceptation ou de rejet grâce auxquels, pour la première fois, les usines peuvent tester leurs produits par rapport aux exigences de lʼindustrie criminalistique mondiale afin de sʼassurer quʼils sont adaptés à lʼusage prévu. »

ISO 18385 est reconnue au plan international parce quʼelle établit la norme de référence pour toute la communauté criminalistique spécialisée dans lʼanalyse de lʼADN. Cette norme est importante à plusieurs titres :

  • Lors de lʼanalyse de lʼADN, la contamination est possible et la qualité du matériel utilisé pour la collecte et le traitement du matériel ADN est un mode connu de contamination par transfert.
  • Elle permet dʼéviter des affaires comme celle du « Fantôme dʼHeilbronn », « la femme sans visage ».
  • Le consommateur final a ainsi la possibilité dʼacheter du matériel en toute confiance chez un fabricant respectant la norme et satisfaisant de ce fait aux exigences de sa propre accréditation ISO/IEC 17025 certifiant la compétence des laboratoires dʼessai et dʼétalonnage.

La norme ISO 18385 sera utile non seulement aux forces de police et aux laboratoires de criminalistique, mais aussi aux fabricants qui produisent le matériel dʼanalyse. Elle a pour vocation de réduire le plus possible les risques de contamination du matériel à usage unique utilisé pour la collecte et le traitement des échantillons dʼADN et, ce faisant, dʼaccroître la confiance du public dans les analyses effectuées par les laboratoires de police scientifique.

Le Dr Wilson-Wilde ajoute que « la mise en œuvre de la norme ISO 18385 donnera aux experts de la police scientifique lʼassurance que les produits quʼils utilisent sont aptes à lʼemploi et que les mesures appropriées ont été prises pour réduire de manière significative les risques de contamination. Par conséquent, la quantité dʼADN étranger interférant dans les profils ADN sera diminuée, ce qui facilitera potentiellement lʼinterprétation des résultats. Tout ceci contribuera à augmenter la confiance de la police et des tribunaux dans les résultats des analyses criminalistiques. »

 

Infography: ADN - Une correspondance parfaite, oui, mais...
 

Restaurer la confiance

Le Dr Wilson-Wilde souligne en effet que « pour lʼaffaire du fantôme dʼHeilbronn, la police a effectué huit ans dʼenquêtes, pour un coût de lʼordre de EUR 2 millions et plus de 16 000 heures de travail supplémentaires ont été consacrées à la recherche dʼune « tueuse en série » impliquée dans plus dʼune quarantaine de crimes en Allemagne, en Autriche et en France ». En plus des milliers dʼheures de travail effectuées en pure perte par les policiers, les auteurs de nombreux crimes violents ont été pratiquement ignorés pendant que les enquêteurs poursuivaient un fantôme.

En dépit de cette regrettable affaire, les preuves par lʼADN sont toujours considérées comme lʼune des pratiques les plus fiables de la science criminalistique, pour autant que les procédures appropriées soient suivies. Toujours est-il que depuis cet incident et beaucoup dʼautres encore après, il est clair que les techniques et les pratiques, même les meilleures, doivent être accompagnées de Normes internationales. Pour la police scientifique, la «  confiance aveugle » nʼexiste pas. 

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Cet article est tiré de l' ISOfocus

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