Trois milliards de personnes en danger à cause des émanations des foyers ouverts

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La cuisson des aliments a une face noire que la moitié de la population de la planète connaît bien. Chaque année, on déplore quatre millions de victimes (essentiellement des femmes et des enfants) dues aux émanations toxiques des foyers de cuisson, un bilan trois fois plus élevé que celui du VIH et du SIDA.
 

« Qui penserait que la préparation des repas pourrait être dommageable pour la santé ? À priori, ce serait plutôt le contraire puisqu’il est indispensable de se nourrir » disait Ranyee Chiang, Présidente du comité technique de l’ISO sur les fourneaux et foyers de cuisson propres (ISO/TC 285), et Directrice, Normes, technologies et combustibles de la Global Alliance for Clean Cookstoves, lors d’une formidable allocution prononcée dans le cadre d’une Conférence TEDx sur les trois milliards de personnes qui n’ont d’autre choix que d’utiliser des foyers de cuisson ouverts et des fourneaux traditionnels.

La réalité est alarmante, explique Ranyee : « Imaginez de remplacer dans votre cuisine, faute de moyens, votre cuisinière à gaz ou électrique par un foyer ouvert. La fumée pique les yeux. Elle fait pleurer et tousser, et vos enfants, juste à côté, en inhalent aussi les émanations toxiques, comme s’ils étaient exposés à la fumée passive de 400 fumeurs. »

Dans les pays en développement, l’inhalation de fumée provoque des maladies respiratoires qui entraînent la mort de millions de personnes. Mais ce n’est pas là l’unique problème. Des femmes et des filles, car ce sont elles qui d’ordinaire en sont chargées, passent chaque jour des heures à ramasser du bois pour pouvoir cuisiner, au détriment de la productivité. Dans les zones touchées par les conflits, durant le temps passé à la recherche de combustible, ces femmes sont de surcroît exposées au risque d’agression et de viol.

 

Ranyee Chiang
Ranyee Chiang

De plus, les foyers ouverts ont un impact lourd sur l’environnement : chaque année, la quantité de bois qu’ils brûlent équivaut à la disparition de 5 000 km2 de forêt tropicale, et les émissions de gaz à effet de serre qu’ils produisent sont comparables à celles de 170 millions de véhicules de tourisme.

Le problème est d’une telle ampleur qu’il touche près d’un habitant sur deux de la planète. Nous sommes pourtant nombreux à ne pas en avoir conscience. « On peine à croire qu’une chose comme la cuisine, que l’on fait tous, tous les jours, et qui est si importante pour notre vie et notre culture, puisse avoir de telles conséquences sur presque la moitié de la population mondiale », souligne Ranyee. « Si nous parvenons à améliorer les choses dans ce domaine, en maîtrisant le feu utilisé pour cuisiner, nous pourront peut-être améliorer la vie de milliards de personnes. »

Ce qui est réjouissant, c’est que des solutions de cuisson novatrices sont en cours de développement pour traiter ce problème. Mais tout n’est pourtant pas réglé. « Bon nombre des nouveaux fourneaux, soyons francs, ne présentent pas toutes les qualités requises. Il semble que la conception des fourneaux fasse appel à des technologies aussi complexes que la NASA ! », plaisante Ranyee. « Dans l’aérospatiale on dispose constamment de carburants de haute qualité et normalement d’un budget conséquent. » Les foyers de cuisson, quant à eux, utilisent des combustibles de mauvaise qualité, ils doivent être abordables, faciles à utiliser et adaptables à divers types de cuisine et techniques de cuisson.

Que peut-on faire pour améliorer cette situation ? Il faudrait non seulement développer de nouvelles technologies, mais aussi exploiter les possibilités offertes par les Normes internationales pour mieux nous orienter dans cette démarche. Ce recours à la normalisation sera utile car, « pour bien des industries, les normes représentent des objectifs communs qui sont le fruit d’un effort collectif, » explique Ranyee. « Plutôt que de voir chaque pays mener ses activités de son côté, les meilleurs experts du monde entier travaillent en commun. »

À quoi ces normes vont-elles ressembler ? Elles pourraient préciser les principales exigences auxquelles devraient se conformer les nouvelles solutions en matière de cuisson. Par exemple, la température à atteindre en conditions normales d’utilisation, les aspects de sécurité de base, ainsi que les niveaux d’émissions maximum. Les nouveaux concepteurs pourraient ainsi tenir compte des besoins des utilisateurs. Les normes sont également importantes pour tester des produits de façon uniforme et comparable.

En ce qui concerne le comité de l’ISO chargé de l’élaboration de ces normes, Ranyee apporte les précisions suivantes : « Nous voulons des normes applicables à tous les différents modes de cuisson utilisés dans le monde. Au sein de notre groupe, qui compte au total 40 pays et qui continue de s’élargir, la participation des pays en développement, y compris au niveau de la direction, est historique. Aucune activité de normalisation n’a jamais connu un tel niveau de participation des pays en développement ! »

Le processus d’élaboration des normes rassemble des gens aux priorités différentes, il faut donc concilier différents objectifs. Ainsi, le comité compte une représentation de l’ensemble du marché des foyers de cuisson. « Lorsque nous aurons terminé, annonce Ranyee, les gouvernements pourront mettre en place des réglementations visant à protéger la santé humaine et l’environnement, les fabricants seront motivés pour trouver des moyens d’innover, et les consommateurs disposeront de meilleures options technologiques qui produiront moins d’émanations et consommeront moins de combustible. »

Il reste un immense travail à accomplir, mais, pour Ranyee, il faut d’abord trouver la bonne direction, une direction commune, afin de faire évoluer les modes de cuisson dans le monde. « Gardons nos traditions culinaires, conclut-elle, mais en les rendant plus saines pour des milliards de personnes et plus propres pour notre planète. »

Si vous êtes prêt à suivre un « cours de cuisine » qui changera fort probablement votre façon de percevoir cette activité, regardez la vidéo intégrale de la conférence TEDx.

 

TEDx - Let’s be hungry to advance how the world cooks

 

Ranyee Chiang fait partie des 11 orateurs stimulants qui ont participé à l’édition 2016 de TEDxPlaceDesNations, qui avait pour thème « Transformer des vie ». Cette manifestation a été organisée par l’Office des Nations Unies à Genève, Suisse.

À propos de TEDx

Partant du principe que certaines idées méritent d’être partagées, TEDx est un programme de manifestations locales, organisées de façon indépendante, qui rassemblent différentes personnes pour partager une expérience TED. Les manifestations TEDx combinent messages vidéo (les TED Talks) et interventions en direct en vue de tisser des liens et susciter un débat approfondi. Le terme TEDx désigne ces manifestations, la lettre x signifiant qu’un événement TED est organisé en toute indépendance. La Conférence TED établit des recommandations générales pour l’établissement du programme TEDx, mais chaque manifestation TEDx est auto-organisée (soumise à certaines règles et règlements).

 

Cuisiner peut être synonyme de mort dans certains pays. La vidéo suivante fait un constat terrifiant avec, à la clé, une solution d’espoir.

 

Frightening facts about cooking

 

 

Maria Lazarte
Maria Lazarte

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