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A l’heure où la norme ISO 26000 qui donne des lignes directrices pour la responsabilité sociétale (RS) passe le cap du deuxième anniversaire de sa publication, le Secrétaire général de l’ISO, Rob Steele, prenant à parti les participants à un forum public de deux jours à Genève, en Suisse, a posé sa question fétiche «Et maintenant ?», les invitant à faire le point sur ce qui a été réalisé jusqu’à présent dans ce domaine et à indiquer les prochaines étapes à entreprendre.

Ce forum ISO 26000 organisé par l’ISO en novembre 2012 a été l’occasion de partager les meilleures pratiques, les expériences et les enseignements tirés de l’application de la norme, et de faire ressortir les points à améliorer.

Kevin McKinley, Secrétaire-général adjoint de l'ISO.

«Je vois ici beaucoup de gens intéressants soucieux de faire évoluer le monde » s’est exclamé le Secrétaire général adjoint de l’ISO, Kevin McKinley, en souhaitant la bienvenue à quelque 300 participants et plus de 50 intervenants du secteur privé et du secteur public, y compris des organismes nationaux de normalisation.

Expliquant que l’objectif du forum était, pour l’ISO, de susciter des idées sur le recours à la norme ISO 26000 et ses prolongements possibles à l’avenir, M. McKinley a souligné que les participants n’auraient pas à débattre d’amendements à apporter à ISO 26000 ou à proposer de nouveaux projets à ajouter au programme de travail de l’ISO, mais à faire part de leurs idées à l’ancien secrétariat du Groupe de travail de l’ISO sur la responsabilité sociétale, assuré conjointement par deux membres de l’ISO, le SIS (Suède) et l’ABNT (Brésil), et, à travers eux, à l’Organisation post-publication (PPO) d’ISO 26000.

Transparence et impartialité

Rob Steele, Secrétaire-général de l'ISO.

Ouvrant la réunion, Rob Steele a déclaré: «Toutes les normes ISO sont élaborées en suivant les principes de transparence et d’ouverture, d’impartialité et de consensus, d’efficacité, de pertinence et de cohérence, et elles s’inscrivent dans la dimension du développement. ISO 26000 ne fait pas exception à la règle.»

M. Steele a invité les participants à engager un dialogue constructif, en les mettant d’emblée en garde: «Nos débats sur ISO 26000 et son avenir doivent être étayés par des faits concrets et des expériences réelles.»

Un monde qui évolue

Fruit des travaux de plus de 400 experts et 200 observateurs de 99 pays et de 42 organisations internationales, ISO 26000 a été élaborée par un large ensemble de parties prenantes bien équilibré en termes de représentation régionale et de répartition homme/femme. Cette norme, qui fournit des lignes directrices, ne propose pas de système de management et ne vise pas la certification par tierce partie, mais, comme l’a expliqué Jorge Cajazeira, président de la PPO ISO 26000, en faisant état du nombre de documents et d’initiatives désormais basés sur la norme : «Elle suffit amplement pour aider à relever les défis d’ordre économique, environnemental et sociétal d’un monde qui évolue».

L’orateur principal, Carlos Alberto Griner, Responsable des Ressources humaines, Suzano Pulp and Paper, a expliqué ce qui a incité son entreprise à se lancer dans une démarche de responsabilité sociétale: «Nous opérons dans un environnement complexe, dans de nombreuses villes, des contextes différents, et nous sommes convaincus que la meilleure manière d’assurer la bonne marche de nos affaires est de trouver un équilibre entre les trois aspects [économique, environnemental et sociétal] du développement durable.»

Lorsqu’elle a construit un des moulins de pâte d’eucalyptus les plus modernes du monde dans l’État le plus pauvre du Brésil, l’entreprise a choisi de travailler avec la communauté locale plutôt que de faire venir la main d’œuvre et les compétences de l’extérieur. Résultat: 60 % des personnes impliquées ont été recrutées dans la région et plus de 5 600 professionnels ont été formés.

«Il est essentiel d’être à l’écoute de la société pour agir à l’avenir dans un souci de durabilité», a-t-il fait valoir en précisant: «ISO 26000 nous y a aidé.»

Une popularité croissante

Une recherche «ISO 26000» sur Google donne plus de deux millions de résultats.

Kristina Sandberg, secrétaire de la PPO ISO 26000, a mis l’accent sur l’intérêt croissant que suscite ISO 26000 dans le monde. Une enquête menée par la PPO a montré qu’au moins 60 pays ont adopté la norme et 20 autres envisagent de le faire. En outre, la norme est maintenant disponible en 22 langues. D’autres aspects de l’application d’ISO 26000 dans le monde ont été évoqués, de même que la question de la certification, qui fait l’objet d’amples discussions. L’enquête montre à cet égard que les avis sur la question sont partagés.

Pays en développement

Lors d’un atelier à l’intention des pays en développement (voir Encadré ci-dessous), les participants ont convenu que le recours à la norme offre plusieurs avantages :

  • Convergence de vue en matière de responsabilité sociétale
  • Influence sur les politiques publiques
  • Engagement des parties prenantes
  • Constitution de réseaux régionaux
  • Première étape vers le développement durable

Sensibilisation insuffisante, manque de ressources et incompréhension sont les plus grands défis que pose la mise en œuvre d’ISO 26000, mais des initiatives sont en cours pour y remédier.

Atelier ISO d’échange d’expériences sur ISO 26000

Quelque 120 participants d’environ 70 pays ont procédé à un échange d’expériences sur ISO 26000:2010, Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale, lors d’un atelier organisé à l’intention des pays en développement en novembre 2012, à Genève, en Suisse, par le département Développement et services de formation de l’ISO.

Le Secrétaire général de l’ISO, Rob Steele, a déclaré: «C’est la première fois que l’ISO organise pour l’une de ses normes une telle manifestation, ce qui montre bien l’importance et la pertinence d’ISO 26000 pour les pays en développement.»

Il a souligné que la participation des pays en développement a été très forte durant le processus de préparation d’ISO 26000 puisque 40 % des experts y représentaient des pays en développement.

Beer Budoo, Directeur, Développement et services de formation au Secrétariat central de l’ISO, a déclaré pour sa part: «L’objectif de l’atelier est de favoriser un partage d’expériences, d’examiner les moyens, pour les ONN, d’accomplir des progrès, et de leur donner des idées, des informations et des outils leur permettant d’établir des plans d’action pour encourager une plus ample adoption d’ISO 26000. Les ONN ont un rôle central à jouer à cet égard.»

Il a cité certaines activités organisées pour promouvoir ISO 26000, notamment le projet mené dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) dans le but de constituer, dans huit pays pilotes, un vivier d’experts nationaux en responsabilité sociétale capables d’encadrer la mise en œuvre de la norme.

M. Jochen Weikert, Responsable principal pour la coopération avec le secteur privé à la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), rattachée au Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), a déclaré: «Nous avons prêté notre concours à ISO 26000 ces deux dernières années au vu de l’importance de cette norme. ISO 26000 représente un consensus mondial, et nous avons la conviction que ce consensus doit être maintenu intact.»

Cet atelier a été organisé avec le parrainage de la GIZ et de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (SIDA).

Un potentiel énorme

Staffan Söderberg, vice-président de la PPO ISO 26000, a souligné l’ampleur de l’utilisation d’ISO 26000 par les consultants, les organismes nationaux de normalisation (ONN), les décideurs et différentes organisations pour appuyer des activités, des orientations générales et de nombreux documents de promotion de la RS. Dans le domaine de la recherche universitaire, la norme fait l’objet de 3 000 articles, de 50 ouvrages, et de nombreuses thèses de doctorat.

«Ce qui concourt à promouvoir ISO 26000 doit être détaillé, remplir des critères de transparence et être appuyé par les parties prenantes» a néanmoins précisé M. Söderberg.

Différentes entreprises - Maersk, NovoNordisk, TeliaSonera, HSB, HM, Suzano, Petrobras, Veolia, Air France, Toshiba, AB Volvo, Takeda, Panasonic, British Telecom, TRS, et Toyota - ont mis en œuvre la norme.

Mais, comme le déplore M. Söderberg, il y a aussi des organisations «moutons noirs» qui se prétendent «certifiées» ou qui revendiquent, sous d’autres termes, leur conformité à la norme.

Un atout pour l’entreprise

Lors de la conférence, des intervenants du monde entier représentant l’industrie, les organisations internationales et non gouvernementales, les ONN, les consommateurs, les universités et d’autres parties prenantes ont fait part de leurs expériences ISO 26000, en mettant l’accent sur les principaux défis, ainsi que sur les potentialités de développement à venir.

ISO 26000 est, de l’avis général, un facteur de transparence et de communication, qui, il va sans dire, aide à étayer la confiance avec les parties prenantes. Dans cette optique, en suivant les principes de respect des droits de l’Homme énoncés dans la norme, la Coopération suédoise du logement (HSB) a dispensé à tous ses employés une formation à cet égard et engagé un dialogue avec les parties prenantes locales. Ce dialogue a, en fait, aidé à accélérer la réalisation des projets, a indiqué Cecilia Lööf, Responsable des relations publiques à l’agence HSB de Göterborg, qui a ajouté en conclusion: «L’adoption des principes d’ISO 26000 porte également ses fruits en termes de perspectives commerciales et de bons résultats économiques.»

Or, pour pouvoir bénéficier de tels avantages, encore faut-il savoir qu’ils existent. C’est dans cette perspective que, dans le cadre d’autres campagnes de communication, l’AFNOR, membre de l’ISO pour la France, a ouvert un site Internet sur la norme. Dans le même esprit, l’Indonésie a créé, pour les entreprises, un prix Responsabilité sociale des entreprises. La Global Reporting Initiative (GRI) a établi un document de référence avec des tableaux de concordance entre ses propres directives et ISO 26000, faisant ressortir les nombreux points où elles se rejoignent.

Les participants ont observé en conclusion que, dans le souci d’une meilleure exploitation d’ISO 26000 à l’échelon mondial, il était nécessaire d’harmoniser et d’améliorer la communication, et que, pour rendre la norme plus accessible, il convenait d’établir des études de cas et des guides instructifs.

Des avis nuancés

Les participants ont reconnu que l’application d’ISO 26000 offre de nombreux avantages importants. La norme représente en effet un consensus sur ce que nous entendons par le terme de responsabilité sociétale dans ce contexte. Dwight Justice, Conseiller en politiques auprès de la Confédération syndicale internationale, a dit que la norme est le «document d’orientation le plus complet et le plus condensé qui soit sur ce que devraient faire les organisations – et à ce titre, je pense qu’il est extrêmement utile.» ISO 26000 incarne de son point de vue «un accord très concis sur la définition d’un comportement responsable pour les organisations».

Les intervenants ont bien montré comment ISO 26000 a aidé des organisations à différents niveaux - protection de la biodiversité, non-discrimination, formation de la main-d’œuvre, établissement des politiques publiques, etc. - mais ils ont également mis le doigt sur quelques problèmes.

Le Bureau européen de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises pour la normalisation (NORMAPME) considère pour sa part que les PME risquent de juger le document trop long et trop complexe. Le Directeur exécutif de Vincular, Dante Pesce, relève quant à lui qu’ISO 26000 fournit un tour d’horizon très complet de la responsabilité sociétale dans lequel les entreprises peuvent sélectionner les éléments pertinents pour elles. «La plupart de ceux qui lisent la norme pour la première fois pensent qu’il leur faudra se conformer à tout ce qui y est écrit, et cela les effraie. Dès que cette première crainte est dissipée, le document s’avère extrêmement utile, je le sais par expérience», a-t-il déclaré.

Une difficulté évoquée par différents intervenants était que les organisations se doivent de montrer l’effet concret de leur application de la norme, et qu’elles réclament des orientations en matière d’auto-évaluation, de déclaration et d’établissement de rapports. Le NEN, membre de l’ISO pour les Pays-Bas, a présenté l’initiative prise au niveau national en établissant des recommandations pour l’auto-déclaration.

Poudre aux yeux

M. Sri Ram Khanna, Département du commerce, Université de Delhi, a mis l’accent sur les difficultés que rencontrent les consommateurs indiens lorsque les entreprises recherchent avant tout le profit.

«La plupart des rapports de RS établis par les entreprises ne sont que de la poudre au yeux» a-t-il affirmé, laissant entendre que la situation réelle y est occultée voire «maquillée». Si l’objectif est d’établir un système de vérification pour ISO 26000, ce système devrait impliquer un engagement en toute transparence au niveau des multiples parties prenantes.

Un autre argument avancé a été qu’ISO 26000 ne mènera pas très loin sans les politiques et les réglementations publiques indispensables pour faire appliquer la RS.

Sadie Homer, Conseillère principale en politiques, Consumers International (CI), a indiqué qu’elle avait apprécié la façon dont les consommateurs avaient été respectés et reconnus comme des acteurs clés dans l’élaboration d’ISO 26000. En ce qui concerne les défis que pose la norme, elle a déclaré: «Nous devons avant tout travailler à mieux faire reconnaître ISO 26000».

Les pistes à suivre

Invités à envisager les prolongements à attendre, bon nombre des participants se sont dit convaincus du rôle qu’ISO 26000 va jouer.

«Nous commençons à réaliser l’importance de la RS dans l’obligation de diligence en cas de fusions et d’acquisitions», a fait observer Anthony Miller, Responsable des affaires économiques, Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. «Dans ce contexte, les entreprises doivent avoir connaissance du dessous des cartes.»

Osama Elmeligy, Président de TOTAL Consulting, Égypte, a mis l’accent sur les défis soudains et imprévisibles qu’a rencontré son pays, et sur le potentiel d’ISO 26000 pour aider à faire face au changement.

Red Puentes, un réseau latino-américain qui regroupe plus de 40 ONG a indiqué avoir bon espoir quant au rôle positif que la norme peut jouer pour façonner l’avenir.

Le nouveau gouvernement danois, ainsi que le Conseil nordique des ministres, ont tous deux recommandé de recourir à ISO 26000 dans le cadre de leurs stratégies en matière de RS.

Un débat passionné marqué d’espoir

Reconnaissant les passions et les espoirs que suscite la norme, M. Staffan Söderberg, vice-président de la PPO ISO 26000, a fait observer en conclusion: «Le travail à faire sur ISO 26000 dans l’année qui vient s’annonce passionnant.»

On observe, de toute évidence, un intérêt croissant pour la norme et son adoption au niveau national, mais le plus grand défi qui se pose peut-être à nous tient à la question suivante : toutes les organisations veulent-elles vraiment un monde durable ?

Soulignant à quel point les deux journées consacrées à ISO 26000 avaient été intenses et denses, Kevin McKinley a fait remarquer que le débat passionné que suscite la norme auprès des ONG, des entreprises, des gouvernements ou des consommateurs témoigne de l’importance de l’enjeu.

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