L’impératif africain de l’IA : Capitaliser sur l’opportunité

Par Catherine Muraga
Directrice générale, Microsoft Africa Development Centre,
Directrice Ingénierie, Microsoft Corporation

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À l’aube de ce que beaucoup appellent déjà la Quatrième Révolution Industrielle, l’Afrique se trouve dans une position unique pour tirer parti de la puissance transformatrice de l’intelligence artificielle (IA). Riche de la population la plus jeune dans le monde, avec 60 % des Africains âgés de moins de 35 ans et un âge médian de seulement 19 ans, notre continent présente un dynamisme démographique propice non seulement à l’adoption de l’IA, mais aussi à en façonner l’évolution. Il n’est plus question de savoir si l’Afrique prendra le tournant de l’IA, mais comment nous conduirons le développement et le déploiement de cette technologie avec responsabilité.

Je me réjouis à l’idée d’approfondir ce sujet lors de la prochaine Réunion annuelle de l’ISO à Kigali (Rwanda), où j’interviendrai durant la session « Préparer l’avenir avec l’IA : croissance, responsabilité et perspectives ». Je salue l’initiative de l’ISO de réunir des dirigeants, des innovateurs et des praticiens pour discuter de la manière dont nous pouvons faire advenir une IA inclusive pour des millions d’apprenants et de communautés à travers l’Afrique.

Au Microsoft Africa Development Centre (ADC), nous pensons que préparer l’avenir avec l’IA doit s’articuler autour de trois piliers : la formation stratégique, le développement de politiques responsables et l’innovation inclusive, en répondant aux défis propres à l’Afrique tout en créant des opportunités mondiales.

Formation : développer le vivier de talents en Afrique

Collaboration université-industrie-État

L’avenir avec l’IA en Afrique commence sur les bancs de l’école et dans les établissements de recherche. À travers le programme Faculty Skilling de l’ADC de Microsoft, nous avons doté plus de 80 professeurs de neuf grandes universités kényanes de connaissances de pointe sur l’IA depuis 2021. Rien que pour l’année 2025, nous avons admis dans notre programme 40 nouveaux professeurs issus d’établissements comme la Jomo Kenyatta University of Agriculture and Technology, l’université de Nairobi et l’université de Strathmore.

Ce cursus en immersion couvre l’apprentissage machine, la vision artificielle, le traitement du langage naturel, l’IA responsable et le développement de pipeline de données au moyen des outils d’IA Azure et de cadres en open source. L’ambition affichée n’est pas seulement le perfectionnement technique, il s’agit surtout de placer les professeurs à la source de l’innovation d’une IA inclusive plutôt que d’en faire de simples consommateurs de technologies développées à l’étranger.

Politique : une gouvernance collaborative pour une IA responsable

Partenariats publics-privés pour le développement de l’infrastructure

L’intégration rationnelle de l’IA aux cursus de l’enseignement supérieur appelle une révision urgente de l’infrastructure. À travers différentes collaborations avec le Kenya Education Network (KENET), nous avons pu déterminer que les universités ont besoin d’une infrastructure robuste pour collecter et stocker des données locales afin d’entraîner contextuellement des modèles d’IA pertinents destinés à être utilisés dans les domaines de l’enseignement et de la recherche.

Mettre au point des cadres de gouvernance de l’IA

Nous plaidons pour la mise en place de politiques et d’orientations régissant l’utilisation de l’IA dans les établissements d’enseignement, en insistant sur un développement responsable en faveur de l’inclusivité. Pour ce faire, il faut investir dans des capacités de collecte, de tri, de stockage et de traitement d’ensembles de données selon des paramètres propres à l’Afrique. Ainsi, nos solutions d’IA refléteront notre diversité et répondront aux défis qui nous sont spécifiques.

Le cœur de notre mission repose avant tout sur un engagement résolu pour une utilisation responsable des technologies de l’IA. Nous savons le potentiel de transformation de l’IA pour répondre à certains des défis les plus urgents de l’Afrique, qu’il s’agisse de l’amélioration de l’accès à l’enseignement et aux soins de santé, de l’accroissement de la productivité agricole ou encore le développement de la croissance économique. Nous avons pour ambition de veiller à ce que l’IA soit développée et déployée de sorte qu’elle bénéficie à tous les Africains, en ne laissant personne de côté, pour favoriser un progrès inclusif à travers le continent.

Le futur de l’IA en Afrique n’est pas prédéterminé, il nous revient de le façonner. 

Innovation inclusive

Le discours autour de l’IA est souvent centré sur la suppression des emplois, mais à l’ADC de Microsoft, nous abordons cette technologie sous une tout autre perspective : l’IA comme un collaborateur et un améliorateur du potentiel humain. Si, en effet, certains postes sont amenés à évoluer, la plus grande opportunité qui se présente à nous est de travailler avec l’IA, d’où notre investissement massif dans la formation à travers le continent.

Nous n’avons pas toutes les réponses aux questions que posera cette nouvelle ère de l’IA, mais notre article de recherche AI and the Future of Work in Africa [L’IA et le travail de demain en Afrique], fruit d’un atelier multidisciplinaire avec l’université de Pretoria, le NEPAD, Lelapa AI et l’université d’Oxford, met en exergue les compétences, les politiques et les principes de conception soutenant un emploi digne à travers le continent.

Contrebalancer par l’IA : responsabilité universelle

L’IA démocratise l’accès à la connaissance et ouvre le champ des opportunités, mais cette démocratisation implique une participation active. Il est de la responsabilité de chacun de participer à la formation et l’adoption. À cet égard, l’engagement de Microsoft à former d’ici 2026 un million de Kényans, un million de Nigérians et un million de Sud-Africains à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité témoigne de notre foi en l’accès universel à l’enseignement en matière d’IA.

Programme AI for Good de Microsoft : une solution face aux défis de l’Afrique

  • Innovation dans la santé : prise en charge du diabète
    Dans le cadre de notre projet African Health Stories, nous exploitons l’IA générative pour créer des histoires visuelles, orales et textuelles interactives destinées à guider les personnes diabétiques de type II dans les changements à opérer dans leurs modes de vie. En 2019, 12,7 % des Sud-Africains âgés de 20 à 79 ans ont été diagnostiqués diabétiques, ce qui rend cette approche personnalisée tout à fait pertinente pour contrebalancer les limites des conseils généralistes en matière de santé.
  • Préservation de l’environnement : le Maasai Mara et au-delà
    Nos initiatives dans le cadre du programme AI for Good s’étendent à la protection de l’environnement, notamment à travers des projets menés dans le Masai Mara qui s’appuient sur l’IA pour préserver la faune sauvage et surveiller les écosystèmes. Ces projets font la preuve de l’utilité de l’IA pour aider à la préservation du patrimoine naturel de l’Afrique tout en créant des opportunités économiques durables.
  • Préparation aux catastrophes : prévisions des inondations
    Au Rwanda, notre équipe Microsoft Research Africa travaille au renforcement du modèle ClimaX pour une meilleure prévision des inondations. La mise en place de prévisions des inondations à court terme permettant des alertes en temps opportun contribue à réduire au minimum les dégâts dans les régions hautement urbanisées : il s’agit là d’une application critique de l’IA face à l’intensification des phénomènes climatiques.
  • Préservation des langues : cartographie du kikuyu
    Notre projet Language Model Adaptations vise à améliorer les pratiques agricoles par le biais de copilotes d’IA tenant compte de la réalité culturelle. En adaptant les modèles pour permettre la reconnaissance vocale et la traduction à partir d’ensemble de données en swahili et en kikuyu, nous aidons les agriculteurs à générer des gains de productivité tout en préservant le patrimoine linguistique.

La voie à suivre : intégration institutionnelle et généralisation de l’IA

Nous entamons une nouvelle phase stratégique : l’intégration institutionnelle. Nous avons pour objectif de sortir des avancées cloisonnées au sein des départements d’informatique pour généraliser l’éducation à l’IA dans tous les domaines, de l’agriculture à l’économie, en passant par le droit, les sciences de la santé et les sciences humaines.

Cet élargissement est primordial, car les défis auxquels est confrontée l’Afrique sont interdisciplinaires. Un agronome qui maîtrise la vision artificielle est capable de détecter en amont les maladies des cultures, un spécialiste du droit initié à l’apprentissage machine peut élaborer des cadres pour une utilisation éthique des données, ou encore un enseignant adepte de l’IA générative peut personnaliser ses cours pour des milliers d’apprenants.

Conclusion : le sort de l’IA en Afrique

Le futur de l’IA en Afrique n’est pas prédéterminé, il nous revient de le façonner. Les analystes prédisent que d’ici 2030, l’IA pourrait stimuler la croissance de l’économie africaine à hauteur de 50 % de son PIB actuel simplement en se saisissant de 10 % du marché mondial de l’IA. Mais ce potentiel ne peut se concrétiser que par un effort collaboratif mobilisant le monde universitaire, l’industrie, les pouvoirs publics et la société civile.

À l’ADC de Microsoft, notre mission reste claire : donner les moyens à chaque individu et à chaque organisation en Afrique de tirer le meilleur parti des technologies. Les bases sont jetées. Il nous faut maintenant nous assurer que l’Afrique ne se contente pas simplement de prendre le train en marche de la révolution de l’IA, mais qu’elle soit un chef de file de cette mutation, en créant des solutions qui répondent aux défis qui lui sont propres tout en contribuant à l’innovation à l’échelle mondiale.

Il est temps pour l’Afrique de se poser en leader de l’IA. Alors, saisissons-nous de cette opportunité dans un esprit de responsabilité et d’inclusivité, avec la conviction profonde que le meilleur de la technologie reste à venir pour notre continent.

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