Infrastructures portuaires : cap sur l’action climatique

Au vu des vulnérabilités des infrastructures face aux aléas climatiques, l’ISO propose des outils permettant d’évaluer le risque et de s’y adapter.  

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Alors même que la pandémie de COVID-19 à laquelle le monde est confronté entre dans sa troisième année, l’édition 2022 du Rapport sur les risques mondiaux souligne que la crise climatique demeure la menace la plus importante à long terme pour l’humanité. Les phénomènes météorologiques extrêmes provoqués par le changement climatique constituent le deuxième risque le plus sérieux à court terme, et la perte de biodiversité figure en troisième position. 

Underwater view of fish.

Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration, la température de la Terre a augmenté d’environ 1 °C depuis l’époque préindustrielle. Cette accumulation massive de chaleur est à l’origine du nombre inhabituel de phénomènes météorologiques – inondations soudaines, fonte des calottes glaciaires, raz de marée, sécheresses, vagues de chaleur et feux de forêt catastrophiques – qui ont marqué l’année 2021.

Face à ce constat, les autorités gouvernementales sont incitées à envisager les choses de façon plus globale et à élaborer des politiques visant à établir leurs priorités pour les années à venir. Aujourd’hui plus que jamais, les normes doivent faire partie intégrante d’une réponse coordonnée impliquant de multiples parties prenantes afin d’assurer la transition vers des économies fondées sur la neutralité carbone.

Une préparation insuffisante 

Les événements de ces dernières années ont montré de façon criante à quel point nous sommes mal préparés au changement climatique. Les ports et les voies navigables intérieures sont particulièrement vulnérables, car 80 % du volume mondial de marchandises transitent par les ports maritimes, qui sont à leur tour exposés aux tempêtes, à l’érosion côtière et à l’élévation du niveau de la mer. 

Ces vulnérabilités étant pourtant connues, la Commission britannique sur le changement climatique, dans son dernier Rapport sur l’adaptation au changement climatique publié en juin, a constaté qu’au Royaume-Uni les ports n’ont pour l’heure pas établi de plans de résilience et d’adaptation. À l’échelle mondiale, l’Association mondiale pour les infrastructures de transport maritimes et fluviales (AIPCN), qui a élaboré des lignes directrices en matière de planification concernant l’adaptation au changement climatique pour les ports et les voies navigables, s’est fait l’écho de ce constat en faisant état d’une enquête menée par le Département de recherche océanographique de l’Université de Rhode Island. Les chercheurs ont découvert que la plupart des ports n’ont même pas encore entrepris d’établir de plan de lutte contre le changement climatique, ce qui expose des chaînes d’approvisionnement entières à un risque croissant de perturbation.

« Le changement climatique n’est pas quelque chose qui va se produire à l’avenir – il se produit maintenant et il est déjà trop tard pour l’éviter. Nombre de pays en subissent déjà maintenant les effets et il va falloir rapidement nous adapter », explique Doogie Black, Analyste principal pour Climate Sense, un cabinet de conseil actif depuis 20 ans dans la fourniture d’orientations stratégiques et pratiques en matière d’adaptation au changement climatique. M. Black est également l’expert principal du Royaume-Uni au sein du groupe de travail qui a élaboré ISO 14090, une Norme internationale qui peut être appliquée à tout type et à toute taille d’organisme. ISO 14090 constitue un outil systématique idéal pour évaluer et gérer ces risques climatiques. 

Les ports et les voies navigables intérieures sont particulièrement vulnérables. 

Le coût de l’adaptation 

L’adaptation au changement climatique coûte cher, mais le coût de la non-adaptation est encore plus élevé. Dans un communiqué de presse du Programme des Nations Unies pour l’environnement, il est indiqué que les coûts annuels de l’adaptation dans les pays en développement, qui s’élèvent actuellement à environ USD 70 milliards par an, devraient au moins doubler d’ici à 2030 et plus que quadrupler d’ici à 2050. Il vaut pourtant la peine d’investir dans la résilience. La Banque mondiale a indiqué à ce titre dans la publication Lifelines : pour des infrastructures plus résilientes, que chaque dollar investi dans la résilience des infrastructures des pays en développement rapporte USD 4 en avantages économiques. 

Dès lors, quelle est la contribution des normes ISO dans le cadre de ces efforts ? « Les organismes sont exposés de différentes manières aux risques liés au changement climatique. Ils peuvent néanmoins tous utiliser ISO 14090, Adaptation au changement climatique – Principes, exigences et lignes directrices », indique M. Black. Cette norme fournit, pour l’adaptation et la planification à long terme, un cadre systématique qui s’intègre aux systèmes de management existants dans une logique d’amélioration continue.

« Les décisions sont souvent prises à long terme et ont une incidence sur les collectivités durant des décennies ; ainsi, une grande partie de nos infrastructures doit être conçue pour durer cent ans, voire davantage », souligne M. Black. ISO 14090 décrit comment les organismes peuvent établir une planification dans cette optique, tout en tirant parti de l’expérience acquise pendant des dizaines d’années en matière d’adaptation au changement climatique.

« Au niveau international, une communauté entière œuvre depuis des dizaines d’années sur la question de l’adaptation au changement climatique ; l’expérience dans ce domaine est donc vaste. L’objectif d’ISO 14090 est d’établir les meilleures modalités d’adaptation. Elle reprend différents concepts sur lesquels de nombreuses personnes ont travaillé, et en opère une synthèse », explique-t-il.

ISO 14090 fournit ainsi à tous les organismes – grands ou petits, dans n’importe quel secteur, qu’il s’agisse de débutants ou de leaders dans le domaine de la résilience au changement climatique – un cadre systématique qu’ils peuvent utiliser pour déterminer leurs propres risques et planifier ensuite l’adaptation nécessaire pour y faire face. L’AICPN, la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe, et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement mettent désormais l’accent sur l’intérêt d’ISO 14090. 

Vanishing perspective of container ship and docking area.
Bird's eye view of sea and coastline.

Matrice de maturité 

M. Black a également joué un rôle central dans l’équipe de Climate Sense, qui a mis au point un processus fondé sur le risque, ainsi qu’un logiciel permettant d’évaluer le degré d’adaptation des organismes au changement climatique, et donc de repérer les domaines présentant des lacunes. Cet outil, désigné par l’acronyme CaDD (pour Capacity Diagnosis & Development) est largement utilisé au niveau international. Il s’agit d’une méthode efficace pour mesurer et développer la capacité d’adaptation des organismes et de leurs systèmes.

Pendant plus de 15 ans, M. Black a travaillé pour l’Union européenne à la mise au point d’une matrice de maturité permettant d’évaluer l’état de préparation des organismes au changement climatique. Cette matrice compte six niveaux, allant de « absolument pas préparé » à « totalement préparé ». Les principes de cette matrice et du processus CaDD sont désormais intégrés dans ISO 14090 et dans une norme complémentaire, la norme ISO 14091 qui contient des lignes directrices sur la vulnérabilité, les impacts et l’évaluation des risques. 

Nous devons nous préparer à des événements météorologiques extrêmes, notamment à des précipitations intenses mais aussi à des périodes de sécheresse.

Un volet d’action ciblé 

« L’adaptation au changement climatique implique de bien cerner les vulnérabilités d’un organisme et c’est là que les outils fournis par ISO 14091 sont utiles », relève l’Animateur du groupe de travail chargé d’ISO 14091, Walter Kahlenborn, membre du cabinet de conseil en climatologie adelphi

M. Kahlenborn, qui travaille sur l’évaluation des vulnérabilités et l’adaptation au changement climatique depuis 15 ans, a joué un rôle clé dans la première évaluation effectuée quant à la vulnérabilité au changement climatique de l’Allemagne. Dans le monde entier, il a effectué des évaluations de ce type et rédigé des orientations détaillées dans ce domaine ou y a apporté son concours, notamment pour l’UBA, le Bureau Fédéral allemand de l’Environnement.

L’UBA est ainsi l’auteur de la proposition pour une nouvelle Norme internationale concernant l’évaluation de la vulnérabilité, qui a abouti à l’élaboration d’ISO 14091. « Cette norme s’intègre parfaitement à ISO 14090 et décrit comment les impacts de différents stimuli climatiques – tels que la température, les précipitations et les sécheresses – peuvent mettre en évidence les vulnérabilités des infrastructures, des transports et de la société », ajoute M. Kahlenborn.

« Nous devons nous préparer à des événements météorologiques extrêmes, notamment à des précipitations intenses mais aussi à des périodes de sécheresse. L’application du concept d’urbanisme de « ville éponge », qui consiste à collecter l’eau des fortes pluies, et à la stocker pour l’utiliser en périodes de sécheresse est peut-être une formule intéressante à cet égard », précise M. Kahlenborn.

« À dire vrai, il existe déjà de nombreuses lignes directrices sur l’adaptation et l’évaluation des risques – et il s’avère que la multiplicité de toutes ces méthodologies est source de confusion. ISO 14091, à l’instar de la norme-cadre ISO 14090, constitue un résumé et un condensé des meilleures pratiques et des principes », observe-t-il en conclusion.

Le changement climatique va-t-il faire plier ou rompre nos infrastructures ? L’adaptation au changement climatique peut avoir des retombées positives pour autant que des outils et des mécanismes soient en place pour établir des objectifs tangibles et définir des bonnes pratiques. Gageons que les normes ISO seront au premier plan dans le contexte du dialogue mondial autour des questions climatiques.

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