Que recouvre le terme de « stratégie opérationnelle verte » ? Il y a dix ans à peine, on y voyait une mobilisation accessoire très coûteuse en faveur de l’environnement, aux effets bénéfiques minimes. Or, depuis peu, une évolution se fait jour à cet égard, et l’on commence à admettre que les questions environnementales et les impératifs économiques puissent être en fin de compte conciliables.

Les points de vue évoluent, c’est bien, mais qu’en est-il concrètement ? ISOfocus s’est entretenu avec Sheila Leggett, qui, après une brillante carrière menée sur plusieurs plans (biologie, écologie, conseil pour l’industrie et législation environnementale), assure depuis 2018 la présidence du comité technique ISO/TC 207, Management environnemental. Ayant siégé à l’Office de conservation des ressources naturelles du Canada et, plus tard, à l’Office national de l’énergie, Mme Leggett possède une vaste expérience et des connaissances extrêmement pointues.

L’idée qu’un regain d’intérêt pour le management environnemental débouchera sur un monde plus durable est largement partagée. On ne s’étonnera donc pas que la demande pour les normes de l’ISO/TC 207 soit si forte. Après tout, la collection de normes de ce TC vise bien à faciliter l’innovation et à créer des opportunités commerciales – pour le bien de tous. Mme Leggett fait le point sur le management environnemental et explique en quoi une stratégie bonne pour la planète peut également être bonne pour les affaires de votre entreprise.

ISOfocus : L’ISO/TC 207 est-il bien en phase avec les technologies vertes ? Pouvez-vous nous parler de la contribution des différentes normes (en particulier d’ISO 14034 sur l’ETV) ?
Photo : Sheila Leggett
Sheila Leggett
Sheila Leggett, Présidente du comité technique
ISO/TC 207, Management environnemental.

Sheila Leggett : L’approche de l’ISO/TC 207 étant systémique, il se focalise sur la création de cadres de normalisation, plutôt que de s’attacher à des technologies vertes spécifiques. Tout notre travail dans le domaine des systèmes de management environnemental se fait dans l’optique d’une démarche de développement durable.

L’ISO 14034, Management environnemental – Vérification des technologies environnementales (ETV), est un excellent exemple illustrant comment les experts de l’ISO/TC 207 ont identifié un besoin du marché et élaboré une norme pour répondre aux exigences actuelles et futures. Cette norme de vérification des technologies environnementales fournit une vérification indépendante du rendement des nouvelles technologies environnementales et permet aux développeurs de démontrer l’efficacité des technologies qu’ils mettent sur le marché.

Face à la multiplicité des technologies proposées, il a été convenu qu’une norme de performance reconnue à l’échelle internationale permettrait d’homogénéiser les règles à appliquer par les entreprises innovantes, fournirait un mode d’évaluation crédible et indépendant des technologies environnementales et aiderait à atteindre des objectifs environnementaux durables. Cette norme récemment publiée a déjà été adoptée par 39 pays.

Quels sont les principaux défis à relever pour que les normes de l’ISO/TC 207 soient utilisées dans le monde entier ? Quelle valeur ajoutée apporte la participation à des événements internationaux tels que la COP24 ?

À mon sens, il faut avant tout veiller à ce qu’elles servent à mieux faire connaître cet ensemble de normes et à bien montrer l’intérêt de les mettre en application. Par exemple, nous avons récemment entendu parler d’une entreprise qui, en appliquant la démarche ISO 14000 à ses activités, avait pu mettre au point un nouveau produit utilisant des matières auparavant considérées comme déchets. Le produit a élargi l’offre et réduit le volume de déchets de cette entreprise.

Un autre défi vient de ce que l’adoption des normes ISO 14000 dépend largement de l’implantation géographique. Nous cherchons à en comprendre la raison et à déterminer quelles autres mesures nous pouvons prendre pour encourager une adoption à plus grande échelle. L’un de nos objectifs est donc de faire en sorte que les normes soient applicables dans le monde entier. Heureusement, au sein de notre comité technique, la représentation est solide tant des pays en développement et des pays développés, que des pays à économie en transition.

Dans cette optique, l’intérêt de participer à des événements internationaux tels que la COP24 tient à la visibilité accrue que cela nous procure, en mettant en avant les normes directement pertinentes pour les importantes discussions politiques qui s’y déroulent. Les normes de l’ISO/TC 207 sont un ensemble d’outils qui peuvent être utilisés pour apporter stabilité et certitude en matière de systèmes de management environnemental. L’évaluation et la maîtrise de l’impact environnemental des activités, produits ou services d’une organisation sont un domaine important dont prennent peu à peu conscience une vaste gamme d’organisations. Le fait que les normes ISO 14000 gagnent en visibilité au travers d’un large éventail d’événements est également pour nous un moyen d’obtenir de précieux retours d’expérience sur les normes actuelles, des idées pour les mises à jour à venir et des informations sur les besoins du marché concernant d’éventuelles normes supplémentaires à établir dans le domaine des systèmes de management environnemental.

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À quel point l’ISO/TC 207 a-t-il adapté sa stratégie (son plan d’action) pour répondre à la demande du marché pour des produits et services plus écologiques (et des politiques vertes axées sur le développement durable) ?

Ces deux dernières années, nous avons passé en revue et actualisé notre plan d’action stratégique. Nous avons ainsi confirmé que les normes de l’ISO/TC 207 ont un rôle à jouer dans la croissance durable de l’économie, y compris dans les activités de l’économie verte.

Notre plan actualisé tient compte des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, qui sont conçus pour orienter le monde sur une voie plus durable en à peine un peu plus d’une décennie. Sur les 17 ODD, au moins 14 relèvent directement ou indirectement du domaine des travaux de normalisation de l’ISO/TC 207. Dans le descriptif de notre vision figure notamment que la mise en œuvre des normes ISO 14000 apporte une contribution significative et positive à la réalisation des ODD. Inscrire cet élément dans notre vision montre notre conviction que nos stratégies aideront à répondre à la demande du marché en matière de développement durable, notamment en ce qui concerne des produits et services plus écologiques.

Vous avez d’importants nouveaux projets en cours, y compris des projets en matière de finance verte et des lignes directrices pour l’intégration de l’écoconception. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet et nous parler des projets futurs sur lesquels vous allez travailler.

Parmi les nouveaux domaines abordés figurent des normes sur l’adaptation au changement climatique et sur le financement vert, notamment les obligations vertes. Nous attendons avec intérêt d’examiner les éventuelles collaborations avec des comités techniques tout nouveaux, l’ISO/TC 322 et l’ISO/TC 323, dont les travaux sont respectivement axés sur la finance durable et l’économie circulaire. Nous avons également des discussions similaires avec le comité d’études IEC/TC 111 de la Commission électrotechnique internationale (IEC), qui traite plus particulièrement de la normalisation environnementale pour les produits et les systèmes électriques et électroniques.

Au sein de l’ISO/TC 207, 85 pays sont représentés à titre de membres participants (37 autres pays y sont membres observateurs). Comment parvenez-vous à maintenir une telle dynamique ?

C’est une chance qu’un si grand nombre de pays s’engagent à poursuivre les objectifs et à mener à bien le mandat de l’ISO/TC 207. Portés par cet élan positif, les membres participants délèguent leurs experts les plus motivés qui mettent généreusement à disposition leur talent et leurs compétences d’expert pour déterminer, dans le cadre d’ISO 14000, quels sont les domaines qui nécessitent le plus urgemment la mise à jour des normes existantes ou le démarrage de nouveaux projets. C’est l’engagement et le dévouement de certains des spécialistes les plus chevronnés du domaine qui nous permettent de continuer à garder le rythme.