La force économique des petites entreprises

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Par Elizabeth Gasiorowski-Denis
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Dans le monde entier, le secteur des petites et moyennes entreprises (PME) joue un rôle moteur dans l’innovation et la création d’emplois. Il est donc absolument essentiel de comprendre quels sont les véritables enjeux et opportunités qui dessinent l’avenir des PME.

Le secteur des petites entreprises, disons-le clairement, pèse lourd. D’après les estimations, plus de 90 % des entreprises dans le monde sont des PME. Vous avez de la peine à y croire ? Détrompez-vous. Dans l’ensemble, ce sont les PME qui génèrent de la croissance, créent des emplois, se développent plus rapidement et sont plus novatrices. Mais par-dessus tout, elles sont nettement moins complexes (du point de vue de la structure) et plus efficientes et souples que les grandes entreprises.

Nombreux, en effet, sont les chercheurs, les universitaires et les économistes qui ont, au fil des années, cherché la formule gagnante… avec des résultats mitigés. Il faut donc encore réfléchir pour trouver comment renforcer les PME ? Il n’y a pas de solution miracle pour garantir la prospérité de l’ensemble des PME du monde, car s’il y en avait une, elle aurait probablement déjà été mise en œuvre depuis bien longtemps. Pourtant, un plus large recours aux Normes internationales peut favoriser l’esprit d’entreprise et aider les PME à conquérir les marchés sur un terrain d’égalité.

 

Pourquoi les PME comptent

Petit salon de beauté dans la banlieue de Dali, Province de Yunnan, Chine.

Il n’y a pas de définition universellement acceptée de ce que l’on entend par « PME », mais pratiquement tous les pays s’accordent sur un point : elles jouent un rôle essentiel dans la prospérité économique. Les petites entreprises constituent une part considérable du tissu économique de bien des pays et emploient une importante proportion de la main-d’œuvre mondiale. Même s’il n’y a pas de données précises, d’après une recherche de la Banque mondiale, les PME représentent près de 95 % de l’ensemble des entreprises et emploient près de 60 % de la main d’œuvre du secteur privé. On pense également que les PME contribuent à hauteur d’environ 50 % à la valeur ajoutée brute (VAB) mondiale.

Aux États-Unis, par exemple, la Small Business Administration a recensé en mars 2014 plus de 28,2 millions d’entreprises dans le pays et établi qu’entre 1993 et mi-2013, 63 % des nouveaux emplois créés étaient imputables aux PME. Ces 28,2 millions d’entreprises, dont la plupart ont le statut d’« auto-entrepreneur », constituent près des trois-quarts de l’ensemble des entreprises aux États-Unis.

 

Sortir de la pauvreté

D’après l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), qui s’occupe de la santé économique des pays en développement, l’accès au marché mondial par la libéralisation, la dérèglementation et la démocratisation est la meilleure façon, pour les pays en développement, d’abolir la pauvreté et les inégalités. Dans ce contexte, le développement d’un secteur privé dynamique permettant aux PME de jouer un rôle central est un élément important.

Le spécialiste des questions d’exportation Khemraj Ramful, Consultant principal, Management de la qualité des exportations, Centre du commerce international (ITC), explique à quel point les PME jouent un rôle essentiel dans les programmes de réduction de la pauvreté du fait de leur contribution potentielle à la croissance économique. En leur facilitant l’accès aux informations sur les réglementations techniques et les normes, en les aidant à se conformer aux exigences des Normes internationales et en leur donnant un meilleur accès à des services compétents d’évaluation de la conformité, nous pouvons aider les PME à s’épanouir dans un marché mondial de plus en plus compétitif et à jouer leur rôle dans le recul de la pauvreté.

Ramful est convaincu que les normes sont la solution : « Les Normes internationales de l’ISO ont un rôle précis à jouer dans l’élimination des obstacles techniques au commerce et l’accompagnement des entreprises des économies en développement qui s’inscrivent dans les chaînes de valeur mondiales. Mettre en avant les Normes internationales peut aider à inspirer confiance. » Et plus important encore : « Pour l’homme de la rue, cela veut dire que les Normes internationales comme les normes ISO peuvent contribuer à améliorer les exportations, ce qui pourra se traduire par des créations d’emplois et un recul de la pauvreté dans les économies en développement. »

 

Du positif et du négatif

Il y a des points positifs et des points négatifs. Du côté du positif, les Normes internationales offrent autant d’avantages aux petites entreprises qu’aux grandes multinationales. Le recours stratégique aux Normes internationales peut avoir une incidence considérable sur le chiffre d’affaires annuel d’une PME – et être parfois une condition de succès ou une cause d’échec.

Parmi les avantages du recours aux Normes internationales pour les PME, citons notamment :

  • L’accès aux marchés d’exportation, les produits étant compatibles au niveau mondial
  • Une efficacité accrue
  • Un niveau de confiance accru, car les clients dans le monde entier reconnaissent les Normes internationales de l’ISO

Pour bon nombre de petites entreprises, l’engagement dans le processus d’élaboration de normes ne va pas de soi, car les petits patrons ne sont généralement pas prêts à investir des ressources dans un processus à long terme qui promet au mieux des avantages intangibles. Pourtant, si l’entreprise prend cet engagement à cœur et participe activement au processus d’élaboration des normes, elle peut y gagner beaucoup.

Les principaux avantages de cette participation se mesurent notamment en termes de visibilité, de maîtrise approfondie des enjeux, d’innovation, d’avantage concurrentiel, d’établissement de réseaux et d’opportunité d’accès à des clients potentiels. Autrement dit, la non-participation de la normalisation revient à donner à la concurrence le pouvoir de décision.

 

Le secteur des petites entreprises pèse lourd.

Quels sont les points négatifs ? Différentes enquêtes récentes établissent un lien entre la faible représentation des PME aux travaux de normalisation et des obstacles comme le manque de temps, de personnel ou de moyens. D’après un rapport du panel allemand de normalisation (Deutsches Normungspanel, DNP) de 2014, portant sur la manière dont les entreprises mènent leurs activités de normalisation et mettent en œuvre des normes, les contraintes financières empêchent bon nombre de petites entreprises de participer activement aux travaux d’élaboration des normes.

Pour Knut Blind, l’un des plus éminents experts européens dans le domaine de la normalisation, les normes « formelles » comme les normes ISO sont utilisées presque uniformément par toutes les entreprises (un millier environ) impliquées dans cette étude annuelle et ce, quelle que soit leur taille. Il y a néanmoins une exception : si les entreprises relativement grandes ont les moyens d’élaborer et de mettre en œuvre leurs propres normes internes complémentaires, les entreprises plus petites, qui ont moins de ressources, s’appuient davantage sur les Normes internationales formelles à disposition.

Pour Blind, il faut parvenir à convaincre les petites entreprises de participer à la normalisation et d’envoyer des experts dans les comités. « La plupart des PME, en particulier les plus petites, n’ont pas les ressources nécessaires pour s’engager dans des stratégies et des investissements à long terme dont les retombées ne seront pas immédiates. Les chefs d’entreprise sont largement accaparés par le quotidien de leur exploitation et n’ont ni le temps ni les moyens de s’engager dans des activités sans rapport direct avec leur travail usuel. Ces entreprises sont donc obligées de naviguer à vue et doivent se contenter de réagir à des changements prévus comme l’entrée en vigueur de nouvelles réglementations ou la publication de nouvelles normes. »

 

Tous les avantages ne se valent pas

Mais si, pour Knut Blind, il reste à mener des activités de sensibilisation pour lever certains obstacles, cela n’empêche pas d’ores et déjà un certain nombre de petites entreprises de tirer avantage de l’utilisation des normes. Dans un entretien récent, Isabelle Jacobi Pilowsky des Rentes Genevoises, la plus ancienne institution de prévoyance de Suisse, est intarissable sur les bienfaits des normes. Depuis des années, cette petite entreprise a opté pour une gestion responsable de son patrimoine immobilier en ayant recours aux normes ISO, en particulier à l’ISO 50001, de manière à maîtriser la consommation énergétique de ses bâtiments.

 

Un étalage, la petite entreprise dans sa plus simple expression, au Misir Çarşisi (bazar égyptien)
à Istanbul, en Turquie.

« Les premiers résultats sont très concluants », s’est réjouie Jacobi Pilowsky. « Nous nous étions fixé pour cible une baisse de 3 % de nos émissions de CO2 et, en 2012, la réduction a été de 4,7 %. » Une excellente initiative pour cette entreprise qui emploie 30 personnes. ISO 50001 aide cette institution à définir des cibles, et à s’y tenir. Elle vise ainsi à améliorer l’efficacité énergétique des 60 immeubles qu’elle gère et à baisser les coûts de consommation tout en augmentant le confort des locataires.

Interrogée sur les conseils qu’elle pourrait donner à d’autres PME, Jacobi Pilowsky reconnaît avoir de nombreux conseils pratiques à donner : « La liste est longue ! », il faut notamment disposer d’instruments de mesure et de tableaux de pointage pour surveiller la performance, veiller à suivre constamment la réalisation des objectifs et former toutes les parties prenantes. Vous trouverez toute la liste dans l’encadré « Les secrets d’une réussite sur le plan énergétique » ci-dessous.

Les Rentes Genevoises ont su atteindre par elles-mêmes les objectifs qu’elles s’étaient fixés, mais il ne faut pas négliger le rôle que peuvent jouer les associations professionnelles dans l’amélioration de la situation des PME. Tout simplement parce que « l’union fait la force ». L’une des priorités principales serait donc de nouer ou de renforcer les relations entre ces groupes sectoriels, d’examiner leurs rôles respectifs et de mettre à leur disposition les connaissances et le matériel nécessaires.

Au Brésil, Sebrae, organisme à but non lucratif, a pour mission de contribuer à améliorer la compétitivité des PME et de les aider à accéder au marché. Son but est de renforcer l’économie brésilienne, où les PME représentent 99 % des entreprises et contribuent à 25 % du PIB du pays. Sebrae apporte un soutien à de nombreux niveaux, notamment en facilitant l’accès au crédit et aux technologies de l’information, ainsi qu’à l’innovation et à la technologie par l’intermédiaire des normes.

Prenez par exemple le secteur des salons de beauté : le Brésil compte officiellement près de 500 000 salons de beauté, lesquels n’étaient jusqu’à récemment soumis à aucun critère ou normes formelles. C’est pourquoi Sebrae a lancé il y a quelques années – en collaboration avec l’ABNT, membre de l’ISO pour le Brésil – un projet pour aider le secteur de l’esthétique à répondre à ses besoins de normalisation. En 2014, l’ABNT a publié la première norme nationale issue de ce projet : Terminologie relative au secteur esthétique. Afin d’aider le secteur des PME à comprendre les normes, deux documents d’appui ont également été mis à leur disposition : Bonnes pratiques pour les instituts de beauté et Compétences des personnes employées dans le secteur de l’esthétique.

« La vague de professionnalisation qu’a entraînée le processus de normalisation a conduit à la préparation de deux lois visant à réguler les services esthétiques dans le pays, lesquelles sont toujours en discussion au Congrès national », explique Heloisa Menezes, Directrice technique de Sebrae. En tant que coordinateur dans ce processus, Sebrae doit à présent relever le défi de la diffusion de ces nouvelles normes techniques au Brésil pour promouvoir la compétitivité et compléter les efforts d’amélioration systémique déjà engagés auprès des chefs d’entreprise. »

 

Vouées à la faillite ?

Infographie: Les petites entreprises sous la loupe

Toutes les petites entreprises sont-elles pour autant vouées à la faillite ? Bien évidemment, non. Il est intéressant de constater qu’une faible proportion de ces entreprises à fort potentiel de croissance se maintient à flot, allant jusqu’à croître considérablement et à employer un grand nombre de personnes. En outre, dans le cycle de création et de disparition des entreprises, les PME exposent les entreprises en place à la concurrence et à l’innovation, les forçant à changer et à accroître leur productivité, ce qui stimule la croissance économique.

C’est principalement aux PME – qui sont généralement mieux à même d’identifier et d’adopter de nouvelles tendances que les entreprises plus grandes déjà en place – que l’on doit la plupart des produits et services actuellement sur les marchés. Elles promeuvent la diversification des activités économiques, appuient le développement durable, favorisent l’innovation, font évoluer les compétences entrepreneuriales et, ne l’oublions pas, contribuent largement aux échanges commerciaux, nationaux et internationaux. Plus important encore, par leur petite taille, elles sont non seulement bien moins complexes (structurellement), mais aussi plus efficientes et souples.

Comme les petites entreprises représentent près de la moitié des entreprises et de la main-d’œuvre du pays, nous avons besoin de solutions normalisées qui aident les PME à faire jouer plus efficacement leurs atouts concurrentiels. Si les normes ne peuvent à elles seules sauver les petites entreprises de la faillite ou accroître leur espérance de vie, elles mettront en place des règles du jeu équitables qui leur permettront de faire face à la concurrence sur un pied d’égalité. Et si cela fonctionne, nous ne pourrons que nous réjouir de l’émergence d’un nouveau paysage économique dans lequel les petites entreprises pourront – enfin – jouer un grand rôle dans la définition du monde.

 

 

Les secrets d’une réussite sur le plan énergétique

Vous êtes une PME et vous aimeriez mettre en oeuvre ISO 50001 ?
Vous avez besoin d’un peu d’aide ? Pas de panique !

Nous avons demandé à Isabelle Jacobi Pilowsky, des Rentes Genevoises, de nous donner ses six conseils clés :

  1. Mettre en oeuvre des outils de mesure pour les indices de performances énergétiques et des tableaux de bord qui rendent compte des objectifs visés.
  2. Clarifier tous les processus liés à la gestion des ressources énergétiques.
  3. Fonder les relations avec les partenaires et les fournisseurs sur des contrats qui spécifient les prestations attendues et les objectifs à atteindre en termes d’économie d’échelle.
  4. Former et/ou sensibiliser toutes les parties prenantes.
  5. Formaliser et suivre la planification annuelle du système de management de l’énergie.
  6. Veiller à ce que des améliorations continues soient intégrées au système.

 

Voilà qui aidera même la plus petite entreprise à envisager l’avenir avec confiance !

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