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Face à une économie mondiale en pleine expansion et une démographie galopante, la nécessité de réaliser des infrastructures durables est devenue un défi majeur de notre époque. Deux conférences ISO sur l'infrastructure, tenues récemment à Londres et Singapour, ont permis d'aborder la question de front.

Afin de soutenir la croissance économique et conserver notre qualité de vie, nous avons besoin de réseaux routiers et ferroviaires de qualité, d’eau propre, de sources d’énergie durables, d’écoles et d’hôpitaux plus spacieux – d’une meilleure infrastructure, en somme. Cette infrastructure, qui représente USD 4 billions par an, est désormais admise comme l’un des catalyseurs de la reprise économique. Pour preuve, les investissements consentis dans ce secteur primordial ont été maintenus en dépit des réductions budgétaires imposées par l’austérité.

Une multiplicité de codes et de règlements sectoriels servent à régir cette industrie tentaculaire. Cependant, avec presque autant de normes que de pays, cela est source de confusion. Le moment ne pourrait donc être mieux choisi pour uniformiser cette situation par trop souvent chaotique. C’est la raison pour laquelle, en octobre 2014, l’ISO a accueilli deux conférences, à Londres et Singapour, organisées respectivement par BSI et SPRING, membres de l’ISO dans ces régions.

Jacques Lair, Président des comités techniques pour l’aménagement durable (ISO/TC 268) et le développement durable dans les bâtiments et les ouvrages de génie civil (ISO/TC 59/SC 17), est l’un des experts qui a participé à ces réunions. Dans l'entretien qui suit, il nous apporte un éclairage sur ce domaine d’activités, auquel il a consacré toute sa carrière.

 

Jacques Lair, Président de deux comités techniques ISO liés à l’infrastructure.
ISOfocus : La moitié de la population mondiale vit aujourd’hui en milieu urbain. Quels défis cela pose-t-il pour les services d’infrastructure ? Comment les conférences récemment organisées sur ce thème à Londres et Singapour ont-elles abordé ces questions ?

Jacques Lair : Les conférences tenues à Londres et Singapour ont apporté des réponses par l’exemple de métropoles ayant développé des projets d’aménagement sur le thème des infrastructures. Toutefois, selon moi, la dimension urbanistique n’a pas été suffisamment prise en compte. Délibérément, le parti pris choisi repose sur la grande ville ayant opté pour la densification plutôt que pour l’étalement urbain.

Qu’en est-il dans la réalité ? Peut-on admettre que ce choix soit universel alors qu’il suffit de visiter les villes nord-américaines pour constater que, sur des kilomètres autour des centres villes, se développent des quartiers résidentiels de plus en plus éloignés des infrastructures décrites tout au long de la conférence ? Est-ce une bonne réponse aux attentes des habitants ? Est-ce une bonne prise en compte du développement durable ?

Quelles que soient les pratiques de gouvernance, les réponses aux aspirations des utilisateurs devront être prises en compte d’une manière ou d’une autre. Sans négliger pour autant les différences culturelles et les habitudes de vie des citoyens. Les infrastructures intelligentes sont à mon sens applicables aujourd’hui à un coût supportable si elles sont mises en œuvre dans des quartiers fortement urbanisés et à haute densité d’occupation.

Dans le secteur Infrastructure et Transport, les différentes industries connaissent actuellement de profonds changements et doivent faire face à de multiples défis. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Les infrastructures et les transports (voir ci-dessous) sont des secteurs qui constituent pour les entreprises industrielles une opportunité d’activité d’autant plus considérable qu’il s’agisse de marché intérieur ou de marché international, et que la marge d’innovation est importante à court, moyen et long terme.

Toutefois, sans doute faut-il adapter la notion d’infrastructure et de villes intelligentes à l’environnement social et économique des pays ou régions considérés. Les réponses aux attentes sociétales des utilisateurs ou les besoins des villes seront fondamentalement différents selon les niveaux d’évolution, les pratiques de gouvernance, les coutumes, les exigences philosophiques et religieuses et le contexte culturel des uns et des autres. Il faudra donc rédiger les normes futures de façon à ce que leurs utilisateurs puissent les adapter en tenant compte de ces différents paramètres.

Quels sont les nouveaux enjeux pour l’avenir des infrastructures – et notamment pour les entreprises de construction et les exploitants d’infrastructures ? En quoi les Normes internationales peuvent-elles aider ?

Tout d’abord, cette évolution peut et doit apporter un nouveau développement au secteur de la construction et de l’aménagement ; la valeur ajoutée par ces activités doit profiter aux entreprises si elles en saisissent les enjeux.

Ces marchés sont naturellement de dimension internationale ; les plus grandes compagnies seront bien sûr confrontées à la concurrence de leurs homologues des autres pays. Les Normes internationales joueront bien évidemment un rôle considérable, pour la prescription, la réponse aux consultations et l’exploitation de ces infrastructures, mais également en ce qui concerne le partage des expériences et l’inventaire des meilleures pratiques. Elles devraient aussi ouvrir les portes de ces marchés qui, ne l’oublions pas, ne se limitent pas à la conception et à la construction mais s’étendent aussi à la maintenance, à l’exploitation de ces réseaux et à leur fin de vie.

Par ailleurs, la présentation de la maquette numérique (BIM) ouvre des opportunités nouvelles pour nos entreprises, pour les concepteurs, pour les maîtres d’ouvrage, cette approche rationnelle devant ainsi intégrer dès son origine l’ensemble des facteurs de réussite et faciliter les choix et décisions.

En tant que Président de deux comités techniques de l’ISO, l’ISO/TC 59/SC 17, Développement durable dans les bâtiments et les ouvrages de génie civil, et l’ISO/TC 268, Aménagement durable, quelles sont pour vous les priorités essentielles ?

Il est évident que pour moi les deux comités techniques sont intimement liés. Le développement durable dans les communautés ne peut se concevoir sans développement durable des constructions de bâtiments ou d’infrastructures. Comment pourrait-on imaginer que le contenu des normes élaborées par ces deux comités soit fondamentalement différent ? À ce jour, les deux comités fonctionnent de la même manière et produisent des Normes internationales qui, par leur côté ouvert, devraient permettre une mise en œuvre facile dans tous les pays. Il y a du reste un aspect qui ne trompe pas. Les pays participants sont de plus en plus nombreux et diversifiés, des plus grands aux plus petits, représentant une diversité de contextes socio-économiques, politiques et culturels.

Sur un plan plus personnel, qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans ce secteur où vous travaillez depuis de nombreuses années ? Si vous pouviez revenir en arrière, feriez-vous certaines choses différemment ?

Il y a effectivement longtemps que j’ai débuté dans le secteur de la construction. J’y ai consacré la totalité de ma vie professionnelle et maintenant, retiré des affaires, je tente d’apporter modestement ma pierre à un édifice particulièrement motivant : la normalisation internationale.

Lors de ma période de pleine activité, qu’ai-je relevé de plus passionnant ? Si chaque acte de la construction reste identique, chaque objet construit, qu’il s’agisse de bâtiment ou d’ouvrage de génie civil, reste unique. Nous réalisons chaque jour des prototypes du fait des localisations, des techniques, des périodes. Même si, pour beaucoup, tous ces ouvrages semblent identiques, pour nous constructeurs, ils restent totalement différents.

Aujourd’hui, ayant construit beaucoup, en France et à l’étranger, je mesure l’importance de la normalisation pour pouvoir pratiquer un langage commun, s’appuyer sur un système de textes, de modes de calcul cohérents, assurant des échanges commerciaux et industriels équilibrés et des opportunités pour tous.

Bien sûr, si tout était à refaire, je le referais, mais avec l’utilisation de l’ensemble des outils actuels, cette nouvelle vie serait sans doute plus passionnante encore.

 

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Sandrine Tranchard
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