Le nettoyage à l’eau et au savon pourrait bientôt devenir une méthode archaïque, remplacée par une nouvelle technologie incroyable reposant sur l’utilisation de microbulles (d’un diamètre inférieur à la longueur d’onde de la lumière). Cet exploit scientifique annoncé comme la prochaine révolution technologique relève, on pourrait le croire, de la pure fiction. Pourtant, selon la FBIA (Fine Bubble Industries Association), une association japonaise des acteurs de ce secteur en pleine ébullition, c’est une solution parfaitement efficace pour une tâche aussi ingrate et laborieuse que celle du nettoyage. Et les applications vont bien au-delà, avec de multiples avantages : accélération de la croissance des plantes cultivées hors-sol, renforcement des effets des crèmes et des sérums pour la peau, etc.

Les bulles contenues dans un liquide sont caractérisées en fonction de leur taille :

  • Bulle – volume de gaz emprisonné dans un liquide
  • Fine bulle (microbulle) – bulle d’une taille inférieure à 100 micromètres
  • Bulle ultrafine (microbulle) – fine bulle d’une taille inférieure à 1 micromètre

Pourquoi faire pareillement mousser cette technologie dite des « fines bulles » ? Vous ne le savez peut-être pas, mais il y a bulles... et bulles, de toutes les formes et de toutes les tailles : bulles, fines bulles, microbulles, bulles ultrafines.


Pour Bob Carr, de NanoSight Ltd., une société basée au Royaume-Uni spécialisée dans la mesure des microbulles, l’avenir de la nouvelle technologie est très prometteur : « La technologie des fines bulles s’annonce comme une nouvelle avancée passionnante et l’intérêt qu’elle suscite progresse si vite, pour une très large gamme d’applications, que nous espérons être en mesure de concevoir et de développer des instruments qui permettront à de nombreux secteurs de l’industrie d’en bénéficier.

Des bulles en effervescence

Ces dix dernières années, le recours aux technologies des fines bulles a connu une progression fulgurante. Selon l’étude de marché préliminaire de la FBIA, le chiffre d’affaires total de ce secteur, en comptant les services de gestion et d’exploitation, les installations et les systèmes connexes associés aux produits de base, se montait à USD 20 millions en 2010. Il devrait passer à USD 4,3 milliards en 2020, et atteindre USD 8,5 milliards en 2030. L’intérêt pour cette technologie n’est pas nouveau. Mais c’est grâce à l’attention considérable dont elle fait l’objet depuis peu que son évolution est attendue avec optimisme et que le potentiel de ce marché est devenu nettement plus clair, en particulier ces toutes dernières années.

Cette technologie innovante fait depuis peu l’objet d’une attention considérable.

Pour illustrer les applications des microbulles, le Président de la FBIA, Akira Yabe, donne l’exemple de la baie d’Isahaya (préfecture de Nagasaki), où la pollution était telle que les huîtres, palourdes et autres coquillages étaient menacés. Le recours à la technologie des fines bulles pour assainir la baie a non seulement amélioré la qualité de l’eau, mais aussi toute l’activité conchylicole. « Le potentiel des fines bulles dans le traitement de l’eau est énorme, en particulier dans les pays en développement où le problème de la rareté de l’eau et de sa pollution est fréquent. J’ai la conviction que le recours aux technologies des fines bulles va, sous peu, très largement gagner du terrain. »

En calculant l’ampleur de ce marché sur le plan mondial au regard de la part de marché que les seuls japonais ont conquise, le volume d’affaires mondial des fines bulles devrait passer de USD 1,26 milliards en 2010, à USD 44,3 milliards en 2020, et atteindre USD 126,7 milliards en 2030.

Laver sans frotter

La technologie des fines bulles peut être exploitée dans une multitude d’applications de nettoyage. Avec un pouvoir nettoyant plus efficace que l’eau ordinaire, cette technologie utilise moins d’eau et demande moins d’effort physique. Elle est donc plus écologique puisqu’elle consomme moins d’eau et ne produit aucun déchet. Elle limite aussi la consommation de produits chimiques toxiques et d’autres détergents. Son plus grand avantage tient sans doute au coût de production des fines bulles, qui est nettement inférieur aux montants que dépensent la plupart des entreprises pour les solutions de nettoyage traditionnelles.

NEXCO-West (West Nippon Expressway Company Limited), une société autoroutière japonaise, exploite la technologie des microbulles pour le nettoyage des sanitaires dans les zones de services, les parcs de stationnement et les aires de repos, et pour l’élimination des dépôts de sel (chlorure de sodium) risquant d’endommager les viaducs. Elle a constaté différentes améliorations, par exemple :

  • 90 % de réduction de la consommation d’eau
  • 30 % de réduction du nombre d’heures de nettoyage
  • Impact environnemental nul (aucun produit de nettoyage ni détergent chimique)
  • Assainissement des odeurs

Pour le Directeur général de NEXCO-West, Naoyuki Sumida : « Avec la technologie des fines bulles, le nettoyage est désormais efficace et rentable. Mais pour que ce marché évolue et progresse, il faut l’appliquer à toute une gamme d’autres secteurs dans le monde. »

Des boissons gazeuses à d’autres produits de consommation

La technologie des fines bulles s’ouvrira, dans les années à venir, à un large éventail de domaines, le secteur agro-alimentaire y compris - bien au-delà des seules boissons gazeuses.

D’après une recherche en cours menée en collaboration par le Centre national pour la technologie des métaux et des matériaux de Thaïlande (MTEC) et la Kasetsart University de Bangkok, les légumes frais lavés avec de l’eau chargée en microbulles résistent mieux aux pathogènes qu’après lavage à l’eau normale. Autre conclusion : l’utilisation de la technologie des fines bulles pour la culture des légumes permet de prolonger sensiblement la durée de conservation des produits.

La directrice de la recherche du MTEC, Wannee Chinsirikul, souligne le potentiel du lavage des légumes frais avec de l’eau contenant des fines bulles : « Il est important de laver les fruits et légumes frais pour enlever la terre et les salissures. Le lavage permet aussi d’abaisser la température des produits (pré-refroidis­sement), de limiter les modifications physiologiques, et de réduire la charge microbienne de surface ou les pesticides résiduels, qui ont une incidence sur la qualité, la durée de conservation et la sécurité sanitaire du produit (Référence : Xuentong Fan et al., 2009). »

La culture des laitues hors-sol, la fabrication de mayonnaises plus onctueuses, et la production de boissons plus savoureuses et plus parfumées sont quelques-unes des nombreuses applications alimentaires possibles pour la technologie des fines bulles

Perspectives

La technologie des fines bulles progresse depuis dix ans, et elle a nettement gagné du terrain ces deux dernières années. Quels types d’applications verront demain le jour ? La technologie connaîtra-t-elle un véritable engouement ? Peut-on espérer encore d’autres développements inattendus ? Quelle est la situation actuelle et l’évolution prévue ? L’affaire est à suivre de près. Pour Maurice Wedd, Président du nouveau comité attitré, l’ISO/TC 281, la décision de l’ISO de créer ce comité est la clé de voûte pour établir la confiance des consommateurs et favoriser l’essor de cette industrie.

« L’ingénierie a maintenant mis au point des aérateurs capables de générer, en toute fiabilité, quantité de microbulles et de nombreux exemples d’applications se sont montrés très concluants. Toutes ces utilisations et applications actuelles, ainsi que les nouvelles à venir, devront vraisemblablement, en gagnant en maturité, être encadrées par des normes. »

Ces perspectives s’annoncent intéressantes ! Seront-elles évidentes ? Pas sûr ! La question est délicate. Un certain nombre de points doivent encore être réglés pour que la technologie des fines bulles décolle vraiment. En fait, si la preuve scientifique de l’existence des fines bulles est, elle-même, toute récente, certaines questions ne sont pas encore résolues. On ne sait toujours pas pourquoi les microbulles peuvent rester très longtemps en suspension dans l’eau, ni d’où vient leur efficacité.

Le travail qui nous attend ces prochaines années sera passionnant. L’élaboration de normes pour cette technologie nouvelle et innovante en stimulera l’adoption et le déploiement dans tous les secteurs de l’industrie. Mais une chose est claire : si bulle technologique il y a, elle n’est pas prête de se dissoudre.