De la villageoise à la VIP
Fadilah Baharin, Malaisie
J’ai grandi dans un village – un « kampong » – en Malaisie. Les fonctionnaires de l’administration y étaient considérés comme des grands maharajas, des « élus », dotés de pouvoirs extraordinaires. Ils vivaient dans un monde à part, faisaient ce qu’ils voulaient quand ils le voulaient. Le contraste était saisissant avec les villageois qui gagnaient leur pain quotidien avec leurs petites entreprises.
Un souvenir d’enfance me revient. Ma mère se rendit un jour au bureau de l’administration fiscale à midi. On lui demanda de revenir à 14h. L’heure du déjeuner était à 13h. Comme toute villageoise ordinaire, elle ne se plaignit pas et fit comme on lui demandait.
Après avoir terminé mes études dans une université anglaise, je fus rappelée dans mon pays pour intégrer l’administration publique malaisienne. Les expériences de ma mère avec l’administration avaient tout pour m’effrayer, mais elle sut me convaincre que je pouvais aider à faire évoluer les mentalités.
Aujourd’hui, de nombreuses années plus tard, en ma qualité de Directrice générale du Department of Standards Malaysia (DSM), j’aime à penser que mes efforts ont contribué à la bonne cause.
Confucius a dit : « Choisissez un travail que vous aimez, vous n’aurez pas à travailler un seul jour dans toute votre vie ». Cela correspond parfaitement à ma situation actuelle. J’ai trouvé ma vocation dans la normalisation parce qu’elle englobe tout ce que j’aime, y compris les rencontres et les voyages internationaux.
Pour certains, les normes ne sont guère plus que du papier. Elles représentent à mes yeux un service. Les normes existent parce que les gens en ont besoin.
Mais nous devons conserver notre pertinence. À cette fin, je dois interagir avec d’autres, les écouter et comprendre leurs besoins, continuer à répondre à leurs attentes. De plus, faisant partie d’un réseau, je suis amenée à voyager et à rencontrer mes homologues et les parties prenantes du DSM pour m’assurer que nous livrons nos normes en temps voulu.
Je suis fière de pouvoir dire que la Malaisie prend la bonne direction, celle d’une « culture de la qualité ». En 2011, nous avons eu l’honneur d’entendre notre Premier Ministre, Dato’ Sri Mohammad Najib Tun Razak, annoncer que les normes comptent parmi les six initiatives de réforme stratégique figurant dans le programme de transformation économique du Gouvernement. Ce plan a pour but de faire de la Malaisie un pays à revenu élevé d’ici 2020 et, au DSM, je ferai ma part du travail pour mener à bien ce projet.
Le fait d’être une femme a-t-il un sens en tout cela ? Je dirais que je suis née femme par défaut. Cela m’a-t-il donné quelques avantages ? Eh bien, je puis porter des vêtements colorés dans des réunions « sérieuses » et je suis souvent la première à être invitée à exprimer un point de vue !
Sensibiliser
María Zulema Vélez Jara, Colombie
En ma qualité de Directrice générale de l’organisme national de normalisation, ICONTEC International, Colombie, permettez-moi de partager avec vous quelques réflexions.
Tout d’abord, il est intéressant de faire partie d’une organisation qui œuvre pour le partage des connaissances. Il est également intéressant d’observer les interactions au sein des comités techniques, car elles associent gestion des connaissances et conduite appropriée. Dans ces réunions, il est important de travailler avec – et non contre – des personnes de différents horizons professionnels, personnalités et points de vue.
Il est gratifiant de travailler dans un domaine qui aide la société. Les entreprises peuvent obtenir des certificats de conformité aux normes, ce qui est bien entendu une très bonne chose, mais, surtout, ces normes bénéficient réellement aux marchés et à la vie de tous.
Comment attirer davantage de femmes vers la normalisation ? Je ne pense pas que ce soit une question de « genre » ; il s’agirait plutôt d’un manque d’information. La plupart des personnes, tout au moins en Colombie, ne sont pas conscientes des travaux réalisés en normalisation. Avant que je n’intègre ICONTEC, si vous m’aviez demandé ce que l’on peut bien faire dans le domaine de la normalisation, je n’aurais pas vraiment su répondre.
Bien que la normalisation soit présente dans tous les domaines, elle est plus forte dans ceux où les experts ou les personnes impliquées sont associés à des professions à prédominance masculine.
Pour attirer davantage de femmes vers la normalisation, nous devons donc :
- Mieux informer sur les activités menées dans le cadre de la normalisation
- Appliquer de plus en plus la normalisation aux technologies nouvelles
- Changer l’opinion courante sur les normes (« travail ennuyeux, normes ennuyeuses »)
Nous devons également répondre aux questions qui nous sont posées : où peut-on étudier la normalisation ? Quelles expériences et compétences sont requises ? Quels sont les objectifs de la normalisation et quelles perspectives professionnelles offre ce secteur ?
Nous devons également écarter l’idée que la normalisation n’est qu’une affaire de logistique. Elle est bien plus que cela et nous devons donc faire ressortir plus largement l’importance de la gestion de projets.
Des règles du jeu équitables
Evah Adega Oduor, Kenya
La normalisation recouvre un domaine vaste, de grande portée, mais elle est néanmoins très spécifique. Elle m’a permis d’élargir mon travail, qui est passé de la connaissance des produits et services et de l’environnement, à de nouveaux sujets comme le changement climatique et l’efficacité énergétique.
Mon travail en normalisation me donne l’occasion d’interagir avec des experts et des professionnels du monde entier et de tous horizons. J’aime le monde des normes, qui contribue à créer un monde meilleur.
Au Kenya Bureau of Standards, tout notre personnel est fortement motivé et tourné vers les résultats. Il m’est pourtant arrivé de me demander si une femme ne doit pas travailler plus pour gravir les échelons.
Avec constance, persévérance et professionnalisme, tout collaborateur devrait pouvoir progresser. La question du genre est hors de propos. Je sais que j’ai toutes les compétences requises et je réalise le travail. Lorsque les règles du jeu sont équitables, les femmes courent aussi vite que les hommes, et parfois plus vite !
Toutes pour la bonne cause
Debbie Chin, Nouvelle-Zélande
Directrice générale de Standards New Zealand (SNZ), mon travail me procure de nombreuses satisfactions. Ma plus grande satisfaction est de savoir que les normes que nous élaborons à travers nos comités d’experts ont un impact très positif sur la Nouvelle-Zélande et les Néo-zélandais.
Une source de satisfaction est de diriger une organisation qui fournit des produits aidant à préserver la sécurité des maisons, des bâtiments, des terrains de jeu et des services de santé et à prévenir les accidents et blessures, et qui réduit au minimum l’impact des catastrophes potentielles, améliore la qualité des biens et des services, aide à protéger l’environnement et dynamise la croissance économique et le commerce.
C’est un plaisir pour moi que de travailler avec nos parties prenantes – membres de comités, bailleurs de fonds, organisations de parrainage et industries, qui sont convaincus comme moi de l’intérêt des normes et des avantages qu’elles apportent. Nos membres des comités d’experts consacrent énormément de temps, de dévouement et d’enthousiasme à l’élaboration de normes nationales et internationales.
C’est également un grand plaisir pour moi que de diriger une équipe de 40 collaborateurs très impliqués. Leur forte adhésion aux normes se traduit par la haute qualité de leurs travaux.
Mon rôle sur la scène internationale est également source de grande satisfaction. J’apprends énormément de mes homologues et d’autres personnes lors d’événements comme l’Assemblée générale de l’ISO, la Conférence du PASC (Pacific Area Standards Congress) et la réunion générale de la Commission électrotechnique internationale. Ils se montrent eux aussi toujours intéressés à prendre connaissance des développements en cours en Nouvelle-Zélande.
Bien entendu, la SNZ a une relation spéciale avec Standards Australia, à travers l’élaboration de nombreuses normes communes.
Aux femmes qui envisagent une carrière dans la normalisation, je dis oui, n’hésitez pas ! Le travail est toujours diversifié, parfois stimulant, et très gratifiant. Si vous optez pour cette carrière, vous aurez un impact significatif et positif sur les personnes, les organisations et la société.
Les normes gagnent constamment en profondeur et en portée. Elles sous-tendent le progrès technologique et la croissance économique et sont influencées par elles. Le domaine des normes est en constante évolution, notre environnement de travail est donc dynamique et stimulant.
Vous rencontrerez et collaborerez avec des personnes de multiples secteurs. Lorsque vous serez immergées dans ce monde et connaîtrez mieux la valeur des normes, vous en serez également un excellent défenseur.
Parce que les normes sont partout et sont souvent « cachées », elles semblent aller de soi. Il sera donc important de vous efforcer de faire connaître le plus possible les avantages des normes.
Quelle que soit la voie choisie dans votre carrière en normalisation, elle sera gratifiante, source de satisfactions (du moins le plus souvent) et toujours intéressante.
On recherche normalisatrices !
Trine Tveter, Norvège
Dans mon rôle de Directrice générale de Standards Norway, j’aime ce que je fais principalement parce que le travail en normalisation a un impact considérable sur notre société. Que serait le monde aujourd’hui sans les normes ?
J’aime aussi l’idée d’un système international de normalisation qui est l’un des meilleurs exemples au monde d’interactions et de coopérations qui fonctionnent bien, sont généralisées et internationales. D’aucuns ont décrit l’ISO comme une mini-ONU, mais je pense qu’elle est encore plus efficace et inclusive que l’ONU.
La normalisation est à mes yeux une enceinte unique qui permet à des experts et des parties prenantes de toutes les régions du monde de se réunir et de participer sur un pied d’égalité. Il s’agit d’un forum où ils peuvent débattre de sujets d’intérêt mutuel pour créer des solutions communes. Je participe à la normalisation internationale depuis des années et je suis tentée de la décrire comme un projet important et fécond permettant de contribuer à la paix internationale.
On devrait davantage sensibiliser le public à la véritable signification des normes. Cela représente un défi mais j’aime beaucoup faire passer ce message auprès des décideurs et du marché.
Plus spécifiquement, j’aimerais contribuer à ce que les normes soient abordées dans l’enseignement. En Norvège, nous participons à certains projets visant à inscrire les normes et la normalisation dans les programmes d’études de certains collèges et universités. Un bon calendrier est essentiel. Intégrer la normalisation dans les programmes d’études aidera à démystifier la croyance bien ancrée selon laquelle la normalisation intéresse surtout les personnes plus âgées.
La normalisation évolue dans de nouveaux domaines, comme l’événementiel durable, où les femmes sont mieux représentées. Je pense donc et j’espère que la normalisation perdra de sa traditionnelle orientation masculine.
Le recrutement des femmes est à mes yeux important. En tant que femme et dirigeante, je pense que nous devrions solliciter les femmes et les encourager à choisir une carrière dans la normalisation, qu’elles soient salariées ou présidentes et membres de comités de normalisation. Je voudrais élargir les perspectives et envisager des « normalisatrices » dans des domaines qui ont été historiquement à prédominance masculine.
J’aimerais souhaiter à toutes les femmes la bienvenue dans le monde de la normalisation. Nous avons besoin de vos compétences et je suis sûre que votre contribution nous permettra de créer des normes meilleures pour tous.
Autonomiser les jeunes femmes
Boni Mehlomakulu, Afrique du Sud
Directrice générale du South African Bureau of Standards (SABS), je modernise actuellement cette organisation avec mon équipe, et crée de nouvelles capacités pour appuyer le plan de développement industriel de l’Afrique du Sud.
Le SABS, créé en 1947, est un membre fondateur de l’ISO. Nous détenons également le Secrétariat du SADCSTAN, l’organisme de normalisation pour la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui regroupe 14 nations.
Il était nécessaire pour moi de réorganiser le SABS, une organisation qui avait bénéficié jusqu’en 2007 de pouvoirs réglementaires, en une organisation axée sur les services et vouée à l’amélioration continue. Mon objectif ultime est de positionner le SABS en tant que prestataire de choix pour les services de normalisation.
Ce processus a été et reste pour moi stimulant et enrichissant. Nous avons pu observer des progrès considérables, y compris l’installation de nouveaux systèmes Technologies de l’information et de la communication et l’ouverture d’un complexe de pointe regroupant neuf laboratoires d’essais en 2011. Les essais sont réalisés plus rapidement et les consommateurs dans le monde ont l’assurance que les produits sud-africains sont sûrs et aptes à l’emploi.
En outre, j’ai la chance de vivre dans un pays qui consacre beaucoup d’efforts à instaurer l’égalité entre hommes et femmes. Le Gouvernement sud-africain a clairement établi dans ses politiques sur l’autonomisation des femmes que ces dernières devraient jouer un rôle significatif dans tous les secteurs de l’économie – en commençant par la parité au Parlement. La représentation des femmes au Parlement est actuellement de 49 %, ce qui nous place au troisième rang mondial.
Des programmes et un système de mentors – hommes et femmes – chargés de l’encadrement devraient aider les femmes à réussir dans des positions dirigeantes. J’ai eu la chance de profiter de ces deux aides étant jeune.
J’accomplis des missions importantes depuis une dizaine d’années. Je veux honorer la confiance que mon pays a placée en moi et m’assurer que mes enfants grandiront dans un monde meilleur.
Mon rôle me met dans une position où je puis aider à autonomiser les femmes. Dans la plupart des pays en développement, y compris l’Afrique du Sud, les petites filles ne choisissent en général pas d’étudier dans des disciplines scientifiques. Les femmes n’ont pas été encouragées à faire carrière dans les sciences et je suis donc heureuse d’accueillir de petits groupes de jeunes filles (classes de première et terminale) dans mon bureau tout au long de l’année. Elles prennent connaissance du travail du SABS, en apprennent plus sur la normalisation et peuvent se rendre compte directement du niveau de responsabilité associé à mes fonctions de Directrice générale.
Inspiré par ma passion pour l’éducation des filles, le SABS a récemment établi, dans le cadre du programme de responsabilité sociale des entreprises, un fonds pour l’éducation supérieure des filles en milieu rural en mathématiques et sciences. Les premières classes se sont ouvertes en janvier 2013 et j’espère que ces jeunes femmes pourront débuter leur carrière au SABS en 2016.
En tant que femme, j’observe notre économie et je réfléchis à la manière dont je puis faciliter la vie d’autres femmes. Une des réponses tient au rôle clé des normes dans la stimulation de l’innovation et de la croissance économique dans les pays en développement.
Considérons, par exemple, le secteur important mais informel de la médecine traditionnelle africaine. En Afrique du Sud, environ 70 % de la population dépend toujours de la médecine traditionnelle pour les soins de santé primaires. Ce secteur est estimé à ZAR 2,9 milliards par an, compte 27 millions de consommateurs et emploie 133 000 personnes, des femmes en milieu rural pour la plupart. La médecine traditionnelle étant fondée principalement sur les plantes, la récolte de 771 variétés présentes à l’état naturel constitue une menace pour la durabilité. L’emballage sauvage des remèdes dans des bouteilles à jus de fruits a provoqué de nombreux décès. Les normes pourraient sauver des vies et aider ce secteur à acquérir des pratiques moins aléatoires.