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Les petites et moyennes entreprises (PME) forment un groupe hétérogène allant des producteurs artisanaux aux sociétés innovantes spécialisées dans les hautes technologies. Si l’on s’en tient à la définition de l’Union européenne, une seule personne peut être une PME, mais aussi une grande entreprise de 250 employés. Bien que les normes soient parfois perçues comme un fardeau, bon nombre de PME pourraient tirer meilleur profit de la normalisation. Cet article présente les obstacles qui empêchent certaines PME de bénéficier des avantages des normes et de la normalisation, et propose des solutions pour les lever.

En quoi les PME sont différentes

La plupart des PME, et particulièrement les plus petites, manquent des ressources nécessaires pour se lancer dans des stratégies et des investissements sur le long terme. Leur organisation se fait généralement au jour le jour, et le temps et l’argent manquent pour se lancer dans des projets qui ne sont pas directement liés à l’activité première.

Ces PME ont donc tendance à «naviguer à vue» et anticipent rarement les changements qui peuvent intervenir, comme l’introduction de nouvelles réglementations ou de normes. Les PME ont ainsi la réputation d’être un groupe particulièrement difficile à cibler dans les campagnes de communication. La plupart des PME abordent les questions de stratégie et se tiennent informées par l’intermédiaire d’un réseau stable et limité, regroupant des fournisseurs, des groupements professionnels et des consultants, qu’il est important d’exploiter pour atteindre les PME.

Défis inhérents aux normes

Sur le plan de la mise en œuvre des normes, les PME sont pénalisées car elles n’ont pas la «capacité d’absorption», y compris l’expertise et l’infrastructure organisationnelle (par exemple des unités de normalisation ou un service de gestion du capital intellectuel de l’entreprise), qui faciliterait une bonne application des normes. Cela génère plusieurs obstacles à la normalisation, notamment :

1.  Manque d’information

Il arrive que certaines PME ne sachent pas que des normes existent, en particulier des normes qui s’appliquent à leur secteur.

2.  Importance des normes pour les PME

Certaines PME peuvent ne pas avoir conscience de la valeur ajoutée que les normes apportent à leur entreprise. Il arrive même qu’elles les considèrent comme un mal nécessaire, et non comme un outil efficace qui leur permettra d’atteindre leurs objectifs.

3.  Trouver la bonne norme

Il n’est pas toujours facile pour les PME de savoir quelles normes sont pertinentes ou si une norme est toujours en vigueur.

4.  Acheter des normes

Se procurer des normes peut être problématique pour les PME. Il y a plusieurs raisons à cela : méconnaissance des points de vente, prix des normes, ou, simplement, erreur au moment de l’achat (en raison d’une description inadéquate du contenu de la norme).

5.  Compréhension

Les PME peuvent avoir du mal à comprendre une norme. Elles peuvent en effet être déroutées par la teneur technique ou la terminologie utilisée, ne pas disposer de traduction du document dans leur langue, être gênées par l’abondance des références à d’autres normes ou ne pas connaître suffisamment le contexte de la norme.

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6.  Mise en œuvre

La plupart des avantages qu’apportent les normes tiennent bien entendu à leur application. Mais cette opération peut parfois être délicate pour les PME, soit parce que les normes en elles-mêmes sont complexes, soit par manque de connaissances ou de compétences.

7.  Évaluer l’intérêt de la mise en œuvre

Lorsque l’on décide de mettre en œuvre une norme, c’est avant tout par intérêt économique. Une PME peut donc souhaiter procéder à l’évaluation des avantages potentiels d’une mise en œuvre avant de se lancer. Elle tirera des enseignements utiles qui faciliteront ensuite la mise en œuvre des normes et les retours d’information pour normalisateurs.

Obstacles aux avantages de la participation

La faible représentation des PME dans la normalisation s’explique notamment par le fait que, souvent, elles n’ont pas le temps, le personnel ou les ressources financières nécessaires pour se lancer dans le développement de normes. Pour une PME, participer coûte relativement plus cher car les dépenses impliquées par les déplacements et la participation aux travaux restent les mêmes quelle que soit la taille de l’entreprise. Bon nombre de PME, en outre, manquent d’expertise pour prendre part aux travaux de normalisation.

Toutefois, d’après une étude néerlandaise, si les PME sont si peu présentes dans les travaux de normalisation, c’est avant tout parce qu’elles ignorent leur existence. Celles qui en connaissent l’existence invoquent les nombreuses difficultés rencontrées, l’argent n’étant pas le seul aspect problématique, ni le plus central. Les PME se heurtent en effet à toutes sortes d’obstacles, parmi lesquels :

1.  Manque d’information

Les PME peuvent connaître les normes sans pour autant savoir qu’elles ont été élaborées dans le cadre d’un processus ouvert à toute entreprise.

2.  Conscience de l’importance de la participation

Même si une PME est consciente qu’elle peut jouer un rôle actif dans la normalisation, l’intérêt de cet investissement peut lui échapper.

3.  Repérer les projets

Il est important de noter que si les PME ne participent pas aux activités de normalisation, c’est souvent parce qu’elles connaissent mal les processus. Même si elles s’intéressent aux travaux de normalisation, les PME peuvent avoir de la peine à repérer les projets de normes pertinents.

4.  Participer

Le manque de ressources (argent, temps, compétences et connaissances) constitue un autre obstacle.

5.  Engagement efficace

L’important est de participer efficacement. Il peut arriver que les PME, du fait de leur petite taille, soient ignorées par les autres participants, qui, sciemment ou non, accordent plus d’importance aux enjeux soulevés par une multinationale. Des études montrent cependant que, dans la normalisation, les délégués peuvent jouer un rôle décisif. Une PME est-elle en mesure de déléguer un expert ayant les connaissances et les compétences requises et qui pourra jouer un rôle déterminant ?

6.  Évaluation

S’engager dans les activités de normalisation est un investissement à long terme. On récolte ce que l’on a semé, et semer a un coût ; il est donc indispensable de garder à l’esprit les avantages attendus tout au long du processus. Les PME sont-elles en mesure d’évaluer les fruits que portera leur engagement ?

7.  Lancer de nouvelles activités

Une PME peut souhaiter lancer de nouveaux travaux de normalisation si elle a besoin de normes pour garantir la réussite sur le marché de son invention, mais partir de zéro n’est pas sans difficultés.

Solutions

Il existe différentes solutions pour surmonter les obstacles auxquels les PME se heurtent dans la normalisation. Nous les avons classées en trois catégories : 1) compenser le manque de ressources des PME (temps, argent ou expertise) ; 2) rendre plus accessible l’offre de normes et la normalisation ; et 3) cibler des organisations intermédiaires, en particulier des groupements professionnels, pour jeter des ponts entre les PME et le «monde de la normalisation».

Dans le cadre de notre projet pour le Comité européen de normalisation (CEN) et le Comité européen pour la normalisation électrotechnique (CENELEC), nous avons dressé une liste de 58 solutions pour aider les PME à profiter davantage de la participation aux activités de normalisation et de la mise en œuvre des normes.

Cette «boîte à outils» peut être utile aux organismes nationaux de normalisation (ONN) ainsi qu’aux groupements professionnels qui appuient les PME au niveau national. Voici quelques-unes des solutions qui ont trait aux normes :

  • Le NEN (membre de l’ISO pour les Pays-Bas) a mis au point une méthode permettant de repérer automatiquement les normes utiles pour un produit ou un service donné, et que d’autres pays peuvent adopter
  • Les organismes de normalisation devraient publier sur leur site un résumé, le domaine d’application et la table des matières de chaque norme
  • Il serait utile que les comités techniques rédigent, pour chaque jeu de normes renvoyant les unes aux autres, un document cadre (« méta-document ») présentant la structure des normes mises en correspondance. Les PME et les autres parties prenantes auraient ainsi une idée claire des normes disponibles dans un domaine donné. Les organismes de normalisation devraient mettre gratuitement ce document sur leur site Web
  • Les comités techniques devraient fournir une présentation succincte du contexte

D’autres solutions ont trait à la participation des PME à la normalisation :

  • Les ONN devraient préparer des études de cas de PME dont la participation a été un succès
  • Les propositions d’études nouvelles devraient être accompagnées d’une étude de faisabilité présentant notamment les parties prenantes pertinentes et leurs intérêts
  • Les ONN devraient encourager la représentation des groupes de PME par l’intermédiaire des groupements professionnels

Une étude effectuée au sein des ONN et des groupements professionnels en Europe fait état d’un accueil favorable de pratiquement toutes les solutions. Le CEN et le CENELEC, ainsi que leurs membres nationaux, ont convenu de mettre en œuvre les mesures d’amélioration de la boîte à outils. Les ONN peuvent choisir le sous-groupe de solutions pertinent en évaluant la situation actuelle de leur pays. Quelles solutions sont déjà en place, et lesquelles ne le sont pas ? De quel type d’obstacle relèvent-elles ? Des conseils aident les ONN à identifier les priorités nationales

L’enseignement de la normalisation est l’une des priorités. Il s’agit d’un outil essentiel pour accroître la sensibilisation. Le CEN, le CENELEC, l’Institut européen des normes de télécommunication et leurs membres nationaux (en particulier le Danemark et le Royaume-Uni) déploient de plus en plus d’activités en ce sens, suivant l’exemple donné par les initiatives internationales prises par l’ISO, la Commission électrotechnique internationale et l’Union internationale des télécommunications.

Il est également primordial d’établir ou de consolider les liens avec les groupements professionnels, de discuter des rôles de chacun, de les informer et de leur fournir une documentation. L’étude reconnaît le rôle crucial des groupements professionnels dans l’amélioration de la situation des PME. Certains appuient d’ailleurs très activement leurs membres dans la normalisation, d’autres le font moins.

Soutenir les groupements professionnels, en analysant quels sont les points forts et les points faibles de leurs entreprises membres par rapport aux opportunités et aux risques de la normalisation, pourrait être un bon début. Cette démarche peut être entreprise conjointement par les ONN et les groupements professionnels, peut-être même en coopération avec une université. Sur cette base, le groupement professionnel peut identifier les différentes solutions possibles, en étroite collaboration avec l’ONN concerné. Le rapport présente des cas exemplaires de meilleure pratique observés au sein de groupements professionnels de divers secteurs d’activité dans plusieurs pays européens.

Travailler ensemble

Les PME, du fait de caractéristiques qui leur sont propres, ne peuvent tirer pleinement profit de la normalisation. Toutefois, si les ONN et les groupements professionnels conjuguaient leurs efforts, il serait plus facile pour les PME de bénéficier de certains avantages.

De plus amples informations se trouvent dans le rapport du CEN/CENELEC. Bien que celui-ci s’adresse au marché européen, la situation des PME est dans une large mesure similaire dans d’autres régions du monde, y compris dans les pays en développement. 

More information is available in the CEN/CENELEC report. Although the report is written for the European market, the situation for SMEs is to a large extent similar in other parts of the world, including developing countries.

Au sujet des auteurs

Henk J. de Vries est Professeur associé en normalisation à la Rotterdam School of Management (RSM), Université Erasmus, Pays-Bas.

Knut Blind est Professeur en économie de l’innovation à l’Université technique de Berlin, Professeur en normalisation à la RSM, et il dirige le groupe de recherche « Innovation publique ».

Axel Mangelsdorf est Chercheur attaché à l’Institut fédéral de recherches et essais sur les matériaux BAM à Berlin, Allemagne, et Chercheur invité auprès de la Chaire d’économie de l’innovation de l’Université technique de Berlin.

Hugo Verheul est Professeur i-Thorbecke, Numérisation du secteur public, Université des sciences appliquées NHL, Leeuwarden, Pays-Bas.

Jappe van der Zwan est Responsable de publications au sein de l’Institut de normalisation des Pays-Bas.

Cet article s’inspire du rapport (Accès des PME à la normalisation européenne - Permettre aux PME de tirer plus amplement parti des normes et de leur participation à la normalisation.



Elizabeth Gasiorowski-Denis
Elizabeth Gasiorowski-Denis

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