Par Kamal Kishore,
Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe,
Chef du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR)
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Au fil de trois décennies consacrées à la réponse aux catastrophes partout dans le monde, j’ai souvent constaté une curieuse tendance chez l’être humain : celle de négliger les fondations invisibles de notre sécurité. Nous accordons une attention méticuleuse à ce qui est visible – l’esthétique, le confort et l’efficacité de nos villes – tout en négligeant la résilience invisible indispensable au bon fonctionnement de nos sociétés lorsque survient une catastrophe.
Aujourd’hui, une telle négligence est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre. Le Rapport sur les risques mondiaux 2026 du Forum économique mondial identifie, à juste titre, les infrastructures critiques comme un risque majeur et systémique, et souligne que la manière dont nous concevons, construisons et gérons nos systèmes essentiels doit être revue en profondeur.
Un risque systémique lié à la défaillance des infrastructures
L’ampleur du défi est vertigineuse. Alors que les coûts directs des catastrophes atteignent environ USD 202 milliards par an, l’édition 2025 du Bilan mondial sur la réduction des risques de catastrophe révèle une réalité bien plus préoccupante : lorsque l’on tient compte des effets en cascade et des impacts indirects, le coût réel est onze fois supérieur, et atteint près de USD 2 300 milliards par an. Dans un monde interconnecté, une simple défaillance sur un réseau électrique ou un système d’approvisionnement en eau peut avoir des répercussions considérables sur le tissu économique.
Assurer la résilience des infrastructures contribue à sauver des vies, préserver les acquis du développement et limiter les besoins humanitaires. C’est également un levier essentiel pour la mise en œuvre du Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe (2015–2030), de l’Accord de Paris sur le climat et du Nouveau Programme pour les villes.
Afin d’aider les pays à mieux intégrer la résilience face aux catastrophes au niveau de leurs infrastructures, le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR) a lancé en 2023 les Principes pour des infrastructures résilientes. Ces principes ont depuis évolué pour devenir une Norme internationale majeure – ISO 22372 – qui propose des lignes directrices pratiques pour renforcer la résilience des systèmes d’infrastructure.
L’objectif de l’UNDRR est d’aider les pays à adopter des normes et des pratiques davantage axées sur la résilience.
Des principes à une norme mondiale partagée
Cette étape constitue bien plus qu’une réussite technique. Elle marque l’émergence d’un langage mondial commun de la résilience, reconnaissant que les infrastructures sont un « système de systèmes ». La capacité d’un hôpital à fonctionner en situation de crise, par exemple, repose non seulement sur ses bâtiments, mais aussi sur la résilience des mini-réseaux qui alimentent sa structure opérationnelle et les réseaux numériques lui permettant de gérer ses données.
La norme ISO 22372 vient également compléter des cadres législatifs tels que la Directive sur la résilience des entités critiques (CER) de la Commission européenne. Si la réglementation définit les exigences, les Normes internationales offrent des voies concrètes pour atteindre la résilience et assurer la continuité des services essentiels en situation de tension.
Les pays peuvent également recourir à des outils tels que les essais de résistance des infrastructures résilientes afin de mettre au jour des vulnérabilités souvent invisibles, notamment la manière dont les effets en cascade des sécheresses, des inondations ou des incendies de forêt peuvent perturber les systèmes énergétiques, hydriques et de transport.
L’objectif de l’UNDRR est d’aider les pays à adopter des normes et des pratiques davantage axées sur la résilience afin que les aléas ne se transforment pas en catastrophes au coût exorbitant. Ne pas investir dans la résilience des infrastructures à l’ère des changements climatiques constitue sans doute le risque le plus élevé de tous.
En mettant en œuvre cette nouvelle norme ISO, les investissements peuvent être orientés vers le renforcement de la résilience là où elle est la plus déterminante. Les pays peuvent ainsi rompre résolument avec le « statu quo » et transformer leurs systèmes d’infrastructure, facteur de vulnérabilité en période de crise, en un atout stratégique – capable de sauver des vies, de maintenir les services essentiels et de soutenir le développement durable dans un monde toujours plus incertain.