Par Noelia García Nebra,
Chef, Durabilité et partenariats, ISO
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La chose à retenir du Villars Institute Ocean Forum qui s’est tenu la semaine dernière est la suivante : sans normes harmonisées, les données sont vaines, pour les océans comme pour les industries. La transition vers le zéro émission nette suppose l’implication de tous les secteurs, parmi lesquels ceux de l’acier et de l’aluminium sont déterminants.
Les secteurs de la sidérurgie et de l’aluminium sont en effet au fondement de notre façon de vivre, de travailler et de nous déplacer. Des villes que nous construisons aux voitures que nous conduisons, l’aluminium et l’acier sont des matières premières indispensables. Mais ces métaux ont un coût, notamment au regard de leur empreinte carbone. Leur production, encore largement dépendante des combustibles fossiles, compte pour une part significative des émissions industrielles mondiales.
Lors de la dernière table ronde sur les métaux de la FMC (First Movers Coalition) du WEF (Forum économique mondial), j’ai eu l’honneur de me joindre à certains des spécialistes les plus remarquables de la métallurgie pour réfléchir aux défis qui se posent à nous en matière de décarbonation. Il est très vite ressorti de nos discussions, à la fois ouvertes et instructives, que la clé du progrès réside non seulement dans l’innovation, mais aussi dans l’harmonisation des normes. Sans cadre unifié pour la comptabilité carbone, le chemin vers une métallurgie bas carbone devient plus hasardeux.
Face à une flambée de la demande qui devrait augmenter de 40 % pour le cas de l’aluminium d’ici 2030, il faut agir, et d’urgence. La question est de savoir comment faire pour accélérer la transition. Comment créer un marché des métaux bas carbone cohérent et transparent qui inspire la confiance, suscite les investissements et accélère l’innovation ?
Les obstacles à la décarbonation
Le premier obstacle qui a occupé nos discussions lors de la table ronde est la fragmentation des normes relatives à la comptabilité carbone. À l’heure actuelle, il n’existe pas de définition universelle de ce qui est qualifié de « vert » ni de système unifié pour mesurer et vérifier les réductions d’émissions revendiquées dans les divers projets et secteurs. Cette lacune pose un énorme problème. Comment déterminer le cours des métaux bas carbone ou créer un marché pour ceux-ci sans consensus sur ce qui constitue un produit « vert » ?
Par ailleurs, la question de savoir qui assume le risque lié à la décarbonation est tout aussi importante. Doit-on se tourner vers le producteur, l’investisseur ou le consommateur ? Dans un paysage dépourvu de normes harmonisées, ce risque est absorbé de manière inégale et souvent opaque tout au long de la chaîne de valeur, ce qui alourdit les coûts globaux du système.
La fragmentation n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité, et une réalité coûteuse. La multiplicité des dispositifs de certification, les exigences contradictoires et la surabondance des cadres sont autant de facteurs qui compliquent tout le processus. Le résultat ? Des coûts élevés, du temps perdu et des progrès entravés. Il est donc primordial de se doter d’une seule et même norme harmonisée sur la comptabilité carbone. Seulement alors pourrons-nous délivrer la transparence et la confiance nécessaires pour libérer tout le potentiel des métaux bas carbone.
La décarbonation est un gigantesque défi, mais c’est aussi une formidable opportunité.
L’intérêt de l’harmonisation
Dans un marché fragmenté, il est difficile pour les entreprises de savoir où investir, quoi mesurer et comment vérifier les progrès. Mais en s’appuyant sur des normes qui sont harmonisées, toutes les parties prenantes jouent selon les mêmes règles.
En adoptant un cadre commun de mesure, de publication de l’information et de vérification, nous pouvons assurer la cohérence à travers les frontières et les secteurs. Et de cette cohérence née la confiance, vis-à-vis des acheteurs, des investisseurs et des régulateurs, ce qui ouvre les vannes de l’investissement dans les technologies durables. En effet, si les données sont fiables, alors le marché est fiable. Cette confiance produira de l’évolutivité, clé de voûte de la décarbonation.
Mais il ne s’agit pas seulement de faciliter la vie des entreprises. L’harmonisation, c’est aussi moins de lourdeurs administratives, moins d’audits et un cadre plus clair pour les décideurs politiques, leur permettant d’intégrer des exigences cohérentes dans la loi. Elle permet de réduire les coûts liés à la mise en conformité, de lever la confusion et d’éliminer les retards, trop courants à l’heure actuelle.
Avancer main dans la main
L’ISO travaille activement à résoudre cette problématique de fragmentation. En collaboration avec le Protocole des gaz à effet de serre (GHGP), nous travaillons à l’harmonisation de nos normes GES existantes et à l’élaboration conjointe de nouvelles normes dans le but d’établir une approche cohérente et universellement acceptée de la comptabilité carbone. Ce travail jette les bases d’un marché interopérable à l’échelon mondial pour les métaux bas carbone.
L’objectif que nous nous sommes fixé pour demain est ambitieux : créer d’ici 2028 l’infrastructure normative nécessaire pour créer des marchés du carbone opérationnels, une réglementation cohérente et un cadre de publication de l’information sur les émissions harmonisé. Ce portefeuille de normes alignées facilitera la tâche des entreprises pour publier, mesurer et vérifier leurs émissions. Il simplifiera le processus pour les producteurs et créera des conditions de concurrence équitables pour tous.
Signataire de l’initiative Steel Standards Principles, l’ISO collabore également avec des organisations industrielles de premier plan pour développer des normes alignées et crédibles sur l’acier bas carbone. Cela n’est qu’un exemple parmi d’autres de notre engagement résolu en faveur de la transparence, de la cohérence et de l’accès mondial.
La décarbonation est un gigantesque défi, mais c’est aussi une formidable opportunité. En s’alignant sur des normes et en créant un marché des métaux bas carbone transparent et fiable, nous pouvons libérer tout le potentiel que la métallurgie à offrir. La route vers le zéro émission nette ne sera peut-être pas sans embûches, mais avec les bons outils, les bons partenariats et de l’engagement, c’est une voie que nous pouvons tous emprunter, main dans la main.