Le secret du succès des ODD

La Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève présente ses perspectives.

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Tatiana Valovaya a été nommée Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève (ONUG) il y a un peu plus de deux ans. Première femme à occuper le plus haut poste de l’ONUG, Mme Valovaya est une fervente avocate de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes. Elle contribue à abolir les frontières à bien des égards.

Au terme de la 76e Assemblée générale des Nations Unies qui s’est tenue en septembre 2021, tous partageaient les mêmes préoccupations et affichaient la même détermination face à la multiplication des défis mondiaux. Même si beaucoup de points ont été abordés, une série de questions bien précises revenaient régulièrement, le multilatéralisme apparaissant comme la solution unificatrice pour parvenir à un monde plus durable et plus résilient.

La Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève (UNOG), Tatiana Valovaya, préconise ce multilatéralisme d’un genre nouveau. L’une de ses priorités sera la mise en œuvre du Programme d’action mondial des Nations Unies et de ses 17 Objectifs de développement durable (ODD). Nous avons eu le plaisir d’avoir un entretien avec Mme Valovaya, au cours duquel il a été question du développement, du multilatéralisme, de tout ce qui a trait à la problématique hommes-femmes et de bien d’autres choses encore.

ISO
Vous êtes la première femme à avoir été nommée Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève. De quoi êtes-vous la plus fière dans le cadre de vos fonctions actuelles au sein de l’ONU ?
Tatiana Valovaya

Je suis très fière de travailler pour l’Organisation des Nations Unies. Notre mission est plus importante que jamais, car nous sommes dans une situation de crise mondiale – non seulement sanitaire, mais aussi économique et sociale. L’année 2020 a également été marquée par le 75e anniversaire de l’ONU. Dans le cadre de l’initiative mondiale ONU75 en faveur du dialogue, nous avons mené une enquête en ligne auprès de citoyens ordinaires du monde entier. Les résultats sont éloquents : 87 % des personnes interrogées souhaitent un renforcement de la coopération multilatérale en réponse aux crises de portée mondiale. Ces personnes veulent que l’on trouve des solutions mondiales aux problèmes mondiaux. Je suis très fière de faire partie d’un système qui peut fournir les solutions globales dont le monde a besoin.

Comment peut-on continuer de repousser les limites auxquelles se heurtent aujourd’hui les femmes dans le monde du travail ?

Je pense qu’il faut tout d’abord faciliter l’accès à l’éducation. Toute ma vie, j’ai travaillé dans le monde des affaires économiques internationales à des postes de haut niveau. Et ce ne fut pas facile d’y arriver. À l’époque, les affaires internationales n’étaient pas considérées comme une discipline appropriée pour les femmes, mais j’ai réussi à m’y faire une place puisque j’ai obtenu mon diplôme avec d’excellentes notes dans toutes les matières, ce qui m’a permis d’intégrer la faculté des relations économiques internationales de l’Institut des finances de Moscou. Si je ne l’avais pas fait, je n’occuperais pas ce poste aujourd’hui. Tout commence donc par l’éducation au niveau le plus élémentaire, de l’école jusqu’à l’université. Ensuite, les femmes doivent bénéficier de l’égalité des chances à chaque étape de leur carrière, mais cela commence par l’éducation.

Afghan girls pack schools five years after fall of Taliban
Vous avez prôné à maintes reprises des solutions multilatérales pour faire face aux défis du XXIe siècle. Comment ces solutions peuvent-elles nous aider à répondre aux problèmes les plus urgents de notre monde ?

La pandémie mondiale, le changement climatique, les inégalités économiques et sociales, les inégalités entre les sexes sont autant de défis mondiaux pour lesquels nous devons absolument trouver des solutions multilatérales applicables à l’échelle mondiale. Mais ce que je préconise en particulier, c’est un nouveau type de multilatéralisme. Comme l’a déclaré à plusieurs reprises le Secrétaire général de l’ONU, nous avons besoin d’une mise en réseau inclusive et d’un multilinguisme intégré, car le processus décisionnel international tient désormais compte non seulement de l’avis des États membres représentés par leurs gouvernements, mais aussi du point de vue des organisations locales, régionales et internationales (par exemple l’ISO), des entités non gouvernementales, du secteur privé et d’autres acteurs souvent négligés tels que les jeunes et les femmes. Nous devons proposer à tous des décisions équilibrées et avoir une parfaite compréhension des répercussions qu’elles peuvent avoir.

Cette approche multilatérale est également importante lorsqu’on débat de l’une quelconque des solutions mondiales nécessaires à la mise en œuvre de notre feuille de route. Comme nous l’avons déjà dit, les normes sont un élément central de la lutte contre le changement climatique ; il existe en effet toute une série de normes destinées à aider des secteurs d’activité particuliers à réduire leur impact sur le climat. Ces normes fourniront d’excellents instruments que les États membres pourront utiliser dans leurs pays respectifs pour contribuer à réduire collectivement notre empreinte sur l’environnement. À l’évidence, les normes doivent donc faire partie de toute proposition de nature multilatérale.

Vous considérez ce « nouveau multilatéralisme » comme une forme différente de coopération. Comment pensez-vous que les normes soutiendront l’économie mondiale à l’avenir ?

Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où règnent la division, l’intérêt personnel et l’unilatéralisme. Tous les pays sont soumis à la nécessité – rarement aussi pressante – d’agir collectivement. Il faut que davantage de nations et de dirigeants défendent le principe du multilatéralisme, c’est-à-dire de la coopération, de la recherche du consensus et de l’action commune dans le domaine des relations et des affaires internationales. Prenez, par exemple, l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce, à laquelle j’ai participé à l’époque. Cette initiative a revêtu pour nous une importance capitale à bien des égards, car les normes étaient considérées comme essentielles pour rendre notre économie plus efficace.

Plus tard, pendant mon mandat au sein de l’Union économique eurasiatique (UEE), je me suis occupée de l’intégration et des questions macroéconomiques. Il y a eu de nombreux débats entre les cinq États membres au sujet de la norme nationale qu’il convenait d’adopter. On s’est vite aperçu que les dispositions réglementaires de l’UEE ne se limitaient pas simplement à utiliser la norme nationale d’un pays parce qu’il s’agissait du plus grand pays ou du pays ayant la plus longue expérience en la matière, mais qu’elles devaient plutôt constituer une nouvelle règle juridique fondée sur la norme nationale la plus récente, qui tienne également compte des meilleures pratiques internationales du point de vue scientifique.

Les normes ne doivent pas être perçues comme des règles contraignantes, mais plutôt comme des règles stimulantes.

Il est encourageant de constater que chacun des États membres ne se contente pas de dire qu’il veut garder sa norme nationale parce que c’est plus commode. Au contraire, ils doivent savoir que, s’ils conservent leurs normes nationales, ils ne développeront pas leur secteur industriel mais que, s’ils mettent en place des normes globales qui dynamisent leur économie, ils seront alors plus compétitifs sur la scène internationale. Pour moi, il est important de bien comprendre que les normes peuvent faire progresser les économies nationales et les rendre ainsi plus compétitives.

Les normes ne doivent pas être perçues comme des règles contraignantes, mais plutôt comme des règles stimulantes. Par exemple, lorsque je travaillais à l’UEE, nous avons instauré, à l’échelle de l’Union, un certain nombre de normes d’émissions pour les voitures – correspondant aux diverses étapes de la réglementation des émissions, généralement appelées Euro 3, Euro 4, Euro 5 et ainsi de suite pour les véhicules légers. Malgré le coût élevé de l’application de ces normes pour les constructeurs, nous sommes allés de l’avant car nous étions persuadés du bien-fondé de notre démarche dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Le fait de savoir ce que l’on fait et pourquoi on le fait procure un avantage concurrentiel et permet d’être mieux armé pour faire face à la concurrence sur la scène mondiale.

À l’heure actuelle, la COVID-19 est l’ennemi commun de tous les pays du globe. Comment un problème mondial et urgent comme celui-ci peut-il accélérer la prise de décision et la recherche d’un consensus au sein des sociétés contemporaines ?

La pandémie nous a montré de manière très concrète à quel point nous sommes interdépendants. L’isolement n’est pas la solution. Les pays qui ont voulu s’isoler et qui ont pris des mesures en ce sens n’ont fait que faciliter la propagation du virus dans le monde entier, et nous sommes désormais tous dans le même bateau. Il nous faut impérativement trouver des solutions mondiales car, si les solutions nationales peuvent donner de bons résultats pendant un certain temps, ce n’est pas le cas à long terme. Ce que la pandémie révèle en fait, c’est qu’une stratégie commune s’avère nécessaire pour décider des mesures appropriées et de la manière de les coordonner afin de les rendre plus efficaces. Et bien sûr, nous avons aussi besoin d’une stratégie mondiale pour pouvoir fournir un vaccin à chacun des habitants du globe.

Tatiana Valovaya, Director-General of the United Nations Office at Geneva addresses during the  Commemoration of the International Day of United Nations Peacekeepers.

Allocution de Tatiana Valovaya, Directrice générale de l’ONUG, à l’occasion de la Journée internationale des Casques bleus des Nations Unies.

Les solutions numériques nous ont permis de pallier les difficultés de ces derniers mois. Comment peut-on tirer pleinement parti des technologies modernes au profit de la société ?

On a évoqué l’entrée dans l’ère numérique bien avant la pandémie. La population active a juste été amenée à y faire face un peu plus tôt que prévu. Je pense vraiment que ce monde numérique nous donne l’occasion de mieux connaître l’opinion de chacun. J’ai déjà mentionné l’enquête mondiale en ligne de l’ONU, qui donne un aperçu des divers points de vue à l’échelle du globe. Je suis convaincue qu’à l’avenir, cette sorte de démocratie directe deviendra de plus en plus la norme pour nos politiques médicales. Elle nous aidera en outre à atteindre un public plus large et à prendre en considération des points de vue différents lorsqu’il nous faudra prendre des décisions importantes.

Dans le même temps, nous devons faire face à une fracture numérique. Alors que la plupart des habitants du globe vivent déjà dans ce monde numérique, quelque 46 % d’entre eux ne sont toujours pas reliés à l’Internet. Par exemple, si l’avenir de l’éducation passe par le numérique mais que de nombreux jeunes, garçons et filles, n’ont pas accès à l’Internet, quel type d’éducation vont-ils recevoir ? S’il me semble donc qu’il y a beaucoup de possibilités, il y a aussi beaucoup de problèmes à résoudre.

Le monde s’est engagé à mener une « décennie d’action » pour réaliser les Objectifs de développement durable des Nations Unies. Quel rôle les normes jouent-elles à l’appui de la feuille de route des Nations Unies pour un monde meilleur ?

Tout d’abord, permettez-moi de dire que la pandémie a rendu le Programme de développement durable à l’horizon 2030 plus pertinent que jamais et que nous devons faire tout notre possible pour atteindre nos objectifs. Les gens pensent souvent que les normes ISO ne concernent que des sujets très techniques tels que l’électricité, alors qu’elles ont un champ d’application bien plus large. En fait, il existe des Normes internationales pour chaque ODD. À cet égard, les normes peuvent donc jouer un rôle essentiel. Il importe par conséquent de les mettre en œuvre parce qu’à mon avis, elles imposent des exigences minimales pour une multitude de choses, par exemple le fait de permettre à chacun d’avoir accès à de l’eau douce propre.

Pour ce faire, il faut une norme sur ce que l’on peut considérer comme de « l’eau douce propre ». Ensuite, lorsqu’on dispose d’une telle norme, il est possible de se mettre vraiment au travail pour atteindre cet objectif de référence. Quels que soient les objectifs, il existe des normes de la plus grande importance qui permettent de les réaliser. Prenons un autre exemple, comme la crise climatique. Là encore, il existe des normes dont on peut se servir pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au changement climatique. Ainsi, même si nous avons, je le pense, une feuille de route adéquate, les normes ISO fournissent les indicateurs que nous devons prendre en compte pour atteindre nos objectifs.

Il existe des Normes internationales pour chaque ODD.

L’ISO et l’ONU collaborent depuis la création de l’ISO en 1947. Que peut-on faire de plus pour renforcer cette collaboration et contribuer ainsi à l’avènement d’un monde plus prospère et plus durable ?

L’ONU ne peut se contenter de continuer à « agir comme si de rien n’était » pour résoudre les problèmes qui vont se poser. Je pense qu’elle doit privilégier un multiculturalisme plus inclusif, qui englobe également le dialogue avec les organisations internationales, car je suis convaincue que nous poursuivons tous un même objectif. Les ODD portent notamment sur la parité des sexes et la crise climatique. Bien que l’ONU et l’ISO disposent d’instruments différents pour relever ces défis, elles peuvent être très complémentaires du fait que, bien souvent, ces questions ne peuvent être abordées qu’avec l’aide des Normes internationales. Le fait de ne pas utiliser les mêmes normes à l’échelle internationale peut dresser des obstacles techniques qui entravent le commerce libre et équitable. C’est pourquoi je pense que nous pouvons – et devons – intensifier notre coopération. Après tout, nous défendons les mêmes intérêts.

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