Le 4 septembre 2010, un séisme de magnitude 7,1 a frappé la ville de Christchurch et sa région, le Canterbury. Ce tremblement de terre a eu un effet en cascade dans l’ensemble de la région, des séismes majeurs se produisant le 26 décembre 2010, le 22 février 2011, le 13 juin 2011 et le 23 décembre 2011.

Pour GNS Science, première organisation néozélandaise de recherche sur les risques sismiques, les accélérations du sol à Christchurch le 22 février 2011 ont été les plus importantes jamais enregistrées dans l’histoire des séismes néo-zélandais.

C’est le séisme de magnitude 6,2 du 22 février 2011 qui a été le plus meurtrier et a causé le plus de dommages matériels, bien que le séisme de septembre 2010 ait été d’une magnitude supérieure. La tragédie a entraîné la mort de 185 personnes et de nombreuses autres ont été victimes de blessures graves.

Ces évènements ont conduit le gouvernement de Nouvelle-Zélande à constituer une Commission royale d’enquête sur les défaillances de bâtiments causées par les séismes du Canterbury. En octobre 2011, cette commission a diffusé un rapport intermédiaire pour « informer les premières prises de décision sur les travaux de reconstruction et de réparation dans le cadre de la reprise après les séismes du Canterbury».

Ces recommandations incluent l’examen de plusieurs normes néo-zélandaises relatives aux bâtiments pour appuyer la reconstruction du Canterbury. Un rapport final devrait être remis au Gouverneur général de Nouvelle-Zélande en novembre 2012.

Le gouvernement a également créé une nouvelle agence, l’Autorité pour la reprise après le séisme du Canterbury (Canterbury Earthquake Recovery Authority), pour conduire et coordonner la reprise dans l’ensemble de la région.

Sismicité – Élaborer un modèle

GNS Science a développé un modèle national sur les dangers sismiques (NSHM) pour prédire la magnitude et la fréquence probables de séismes majeurs. Destiné à la conception technique, le modèle NSHM a été actualisé en 2010, avant le tremblement de terre de septembre 2010.

Tout en modélisant les séismes à partir de défauts connus, le modèle actualisé permet de prédire l’effet des séismes sur des défauts cachés jusqu’à une magnitude maximale fixée en fonction de la région. Pour le Canterbury, le nouveau modèle sismique a fait passer cette magnitude de 7,0 à 7,2, englobant ainsi la magnitude de 7,1 du tremblement de terre de septembre 2010.

Après le séisme du 22 février 2011, GNS Science a actualisé à nouveau le modèle NSHM pour prendre en compte la séquence de séismes en cours dans la région. Le facteur de risque sismique pour Christchurch est ainsi passé de 0,22 à 0,30 – une augmentation importante reflétant les connaissances acquises lors des séismes du Canterbury.

Ce type d’information est maintenant incorporé au processus d’élaboration et de révision des normes. Dans les domaines du bâtiment, de la protection contre l’incendie, des infrastructures et de la gestion du risque, Standards New Zealand travaille avec le gouvernement, les collectivités et l’industrie pour s’assurer que nos normes intègrent les enseignements des récents évènements. Un aspect important de ces travaux consiste également à identifier quelles normes sont particulièrement utiles.

Les normes, blocs de construction

En Nouvelle-Zélande, de nombreuses normes du bâtiment sont codifiées dans la législation sur le bâtiment et le code du bâtiment. Par exemple, la norme NZS 3604:2011, Timber-framed buildings (Bâtiments à structure en bois), est une référence essentielle pour démontrer la conformité au Code du bâtiment de Nouvelle-Zélande.

Pour Roger Shelton, Ingénieur de structures principal à l’Association néo-zélandaise de la recherche sur le bâtiment et membre de plusieurs comités de normalisation nationale et internationale, y compris celui en charge de la norme NZS 3604, la codification des normes du bâtiment dans la législation néo-zélandaise aide à garantir les meilleures pratiques: «Après les séismes de septembre 2010 et de février 2011 dans le Canterbury, les premiers résultats suggèrent que la plupart des bâtiments conformes aux normes en vigueur se sont bien comportés.»

Il prévient toutefois que l’élaboration des normes est un processus évolutif: «Les bâtiments qui se sont effondrés lors des séismes du Canterbury étaient peut-être aux normes à l’époque de leur construction, mais nos connaissances ne cessent de s’enrichir et les normes fondées sur ces connaissances continuent d’évoluer.

Il est important d’élaborer des normes, mais aussi de nous assurer que les professionnels et les consommateurs du bâtiment sont bien informés et que la conformité aux normes appropriées est assurée.

La Nouvelle-Zélande a l’avantage d’être un pays relativement petit où le gouvernement, l’industrie et les représentants des consommateurs peuvent se réunir pour résoudre des problèmes. Cela permet plus de souplesse et de réactivité face à des problèmes qui seraient peut-être plus difficiles à résoudre dans d’autres parties du monde.»

La différence normative

Depuis le séisme de septembre 2010, les ingénieurs et les experts du bâtiment collaborent étroitement avec les fonctionnaires du gouvernement et les collectivités locales du Canterbury pour identifier les problèmes à résoudre, à l’heure où les travaux de reconstruction commencent.

Un des experts est Chris Mak, qui a plus de 25 ans d’expérience dans la protection contre l’incendie et gère actuellement les services techniques d’un assureur et prestataire de gestion du risque, AON New Zealand.

Selon lui, les dispositifs de protection contre l’incendie (comme les extincteurs de type sprinkler) conformes à des normes applicables se sont, dans l’ensemble, bien comportés lors des séismes: «Après les séismes de septembre 2010 et février 2011, nous avons découvert que la plupart des dommages aux systèmes d’extinction de type sprinkler étaient dus à l’effondrement d’un bâtiment ou à des dommages mécaniques créés par les défaillances de certains éléments du bâtiment.

Les séismes ont cependant livré plusieurs enseignements, qui serviront à l’élaboration future de normes de protection contre l’incendie, notamment le fait qu’environ une douzaine de réservoirs d’eau se sont effondrés et la nécessité que certaines classes de bâtiment disposent de réserves d’eau en cas d’interruption du service public d’alimentation en eau. »

Au vu de ces séismes, le comité de révision de la norme NZS 4541:2007, Automatic fire sprinkler systems (Systèmes d’extincteurs automatiques), présidé par Chris Mak, examine les dispositions en matière sismique pour les réservoirs d’eau et envisage d’ajouter à la norme révisée un appendice contenant des lignes directrices pour les mesures à prendre après une catastrophe naturelle. Le projet de norme devrait être diffusé pour enquête publique dans le courant de 2012, la publication de la norme étant prévue pour mars 2013.

Pour Chris Mak, «un autre aspect de la protection contre l’incendie doit également être réexaminé, celui des catastrophes multiples, par exemple, lorsqu’un incendie majeur se produit après un tremblement de terre. Il faut évaluer les risques et analyser le rapport coûts/avantages afin de déterminer le niveau de protection incendie à prescrire.»

Le tableau d’ensemble

Au-delà des questions particulières concernant les bâtiments, les fonctionnaires du gouvernement et les dirigeants de l’industrie sont de plus en plus conscients qu’il faut intégrer la résilience dans nos systèmes généraux pour traiter de circonstances extraordinaires. Dans ce contexte, la résilience est définie comme la mise en place de processus qui aident les collectivités à anticiper et, s’il y a lieu, à répondre aux perturbations et à assurer la reprise après catastrophe.

Les normes devraient, à mon avis, jouer un rôle important pour appréhender la résilience à la fois en Nouvelle-Zélande et sur le plan international. Les normes relatives à la résilience pourraient être élaborées en suivant le modèle des normes relatives au management du risque, par exemple, ISO 31000:2009, Management du risque – Principes et lignes directrices. Elles offriront ainsi aux organisations et collectivités une approche orientée processus pour traiter de problèmes complexes et inattendus.

Standards New Zealand étudie actuellement la planification de la résilience et de nombreux autres sujets.

La reconstruction du Canterbury représente un immense défi pour la Nouvelle-Zélande. L’industrie, les gouvernements et les collectivités locales doivent poursuivre leur collaboration pour en garantir la réussite. Au-delà de la reconstruction matérielle de cette région, ce travail considérable comporte des dimensions sociales, environnementales et culturelles.

Debbie Chin
Debbie Chin
Directrice général
Standards New Zealand

Debbie Chin est Directrice générale de Standards New Zealand depuis 2007. Parmi ses fonctions antérieures, elle a été Directrice adjointe, Direction opérationnelle et information du Ministère de la santé, et Conseillère auprès du Cabinet du Premier ministre. Comptable agréée, elle est diplômée de l’Université Victoria de Wellington.