Pratiquement tous les pans de la société sont concernés par la conservation énergétique, qu’il s’agisse pour les citoyens de modérer leur consommation chez eux, pour les gouvernements d’instaurer des politiques et des mesures d’encouragement, ou pour les entreprises de faire leur possible pour réduire leurs dépenses en économisant l’énergie.

Si le propriétaire ou l’entrepreneur type n’a aucune maîtrise sur son approvisionnement en énergie, il reste maître de l’usage qu’il fait de l’énergie dont il dispose. Et l’énergie la mieux utilisée reste celle qui n’est pas utilisée du tout.

Parfois éludée dans les débats autour des sources d’énergies alternatives, l’efficacité énergétique est souvent désignée comme le «carburant invisible». Pour l’énergie dont on ne peut pas ne pas faire usage, opter pour un bon mélange de sources d’énergie alternatives et d’énergies renouvelables aidera à limiter la dépendance à l’égard des combustibles fossiles devenus rares.

Le souci d’une meilleure efficacité énergétique, autrement dit mettre en œuvre des modalités de management de l’énergie, est une priorité pour de nombreux organismes compte tenu de l’ampleur des économies d’énergie et des réductions de gaz à effet de serre (GES) que cela peut engendrer. En réduisant la consommation énergétique globale, et plus particulièrement la consommation de combustibles fossiles, on peut améliorer la fiabilité et la disponibilité de l’énergie, tout en abaissant les coûts de fonctionnement. Plus qu’une simple question d’ordre environnemental, le management de l’énergie a également des implications économiques et sociales. En effet, le management de l’énergie soutient les trois piliers du développement durable, à savoir l’économie, l’environnement et la société.

Outils, lignes directrices et ressources

Compte tenu de l’importance du management de l’énergie, il est indispensable que les organismes disposent d’outils, de lignes directrices et de ressources qui les aident à traiter efficacement la question. Ils ont notamment besoin d’informations de base sur la façon d’intégrer le management de l’énergie à la structure de management d’ensemble de leur organisme. Mais nous vivons dans une économie mondialisée dans laquelle les marchés dépassent les frontières et les réglementations nationales. Ce n’est donc pas au niveau des réglementations nationales que l’on trouvera des outils et lignes directrices, mais au niveau des Normes internationales dictées par le marché.

Les normes sont créées par les organismes qui en ont besoin et sont élaborées selon un processus ouvert, fondé sur la recherche du consensus. Elles sont applicables dans divers types d’organismes et fonctionnent sans problème dans l’ensemble des pays et établissent des conditions équitables de concurrence en réduisant les avantages industriels et l’incompatibilité des critères.

C’est dans ce contexte que se situent les normes internationales toujours plus nombreuses relatives aux systèmes de management qui sont conçues comme des outils pour améliorer l’efficacité et la productivité des organismes. Les normes de produit sont mises en œuvre depuis très longtemps mais le domaine relativement nouveau des Normes internationales destinées à gérer le fonctionnement de l’entreprise (et non la nature de sa production) s’élargit rapidement.

Les normes ISO relatives aux systèmes de management de la qualité (série ISO 9000) et de management environnemental (série ISO 14000) ont stimulé et stimulent encore d’importantes améliorations en matière d’efficacité dans les organismes du monde entier.

Plusieurs pays et régions ont déjà établi ou établissent leurs propres normes de management, y compris la Chine, l’Irlande, les États-Unis et la République de Corée, ainsi que l’Union européenne avec la norme EN 16001, Systèmes de management de l’énergie. Sur le plan international, l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) a depuis longtemps reconnu la nécessité, pour l’industrie, d’une réponse efficace au changement climatique et d’éviter la prolifération de normes nationales de management de l’énergie, d’où la demande que l’ISO étudie la possibilité d’une norme internationale de management de l’énergie.

Le management de l’énergie a été classé par l’ISO parmi les cinq domaines prioritaires de normalisation internationale, les entreprises industrielles étant clairement les premières grandes utilisatrices d’une norme de cette nature, puisqu’elles sont aussi celles qui consomment le plus d’énergie au monde.

Il y a dans l’industrie un fort potentiel d’amélioration en matière de gestion efficace de l’énergie, puisque l’amélioration à long terme escomptée dans ce domaine est de l’ordre de 20 %, voire davantage. Largement applicable à l’ensemble des secteurs économiques des pays nationaux, cette norme pourrait avoir un impact sur 60 % de la demande d’énergie mondiale (Voir Encadré). Destinée à l’origine à l’industrie, la norme sera utilisable par tout type d’organisme soucieux de bien gérer son usage et son efficacité énergétiques.

ISO 50001 et la demande mondiale

ISO 50001 pourrait avoir un impact sur 60 % de la demande d’énergie mondiale.

Cette estimation s’appuie sur les informations qui figurent dans l’International Energy Outlook 2010 (La situation énergétique internationale 2010) de l’Energy Information Administration (EIA) des États-Unis au chapitre consacré à la demande d’énergie mondiale et aux perspectives économiques. Cette publication cite les chiffres 2007 de la consommation mondiale d’énergie répartie par secteur. On y apprend que 7 % de la consommation mondiale d’énergie relève du secteur tertiaire (défini comme l’ensemble des entreprises, des institutions et des organismes qui fournissent des services) et 51 %, du secteur industriel (qui regroupe la production, l’agriculture, l’exploitation minière et la construction).

Puisque ISO 50001 cible avant tout ces deux secteurs et que leur consommation mondiale cumulée représente près de 60 % de la demande d’énergie mondiale, la norme pourrait avoir un impact positif considérable.

Le parcours d’ISO 50001

Tout a commencé avec le lancement des travaux de normalisation autour d’ISO 50001, Systèmes de management de l’énergie. En février 2008, le Bureau de gestion technique de l’ISO a approuvé la création d’un nouveau comité de projet, l’ISO/PC 242, Management de l’énergie, s’appuyant sur les meilleures pratiques et les normes nationales ou régionales existantes les plus avancées. ISO 50001 établira un cadre de référence international pour que les infrastructures industrielles et commerciales, voire des entreprises entières, puissent gérer tous les aspects de l’énergie, y compris l’approvisionnement et la consommation.

En deux ans, après seulement quatre réunions du comité, le document est parvenu au stade de Projet final de Norme internationale (FDIS), la publication étant prévue pour le 3e trimestre 2011. De nombreux pays et organismes préparent d’ores et déjà des programmes de formation et de lancement pour qu’ISO 50001 devienne, le plus rapidement possible, incontournable. Par ailleurs, des idées de propositions d’études nouvelles ainsi que des normes et documents d’appui sont déjà en gestation.

Plusieurs facteurs expliquent la rapidité de l’élaboration de cette norme, d’abord le besoin de mettre fin à la dépendance vis-à-vis des ressources limitées en combustibles fossiles et, ensuite, l’émergence d’un groupe idéalement constitué d’experts et de parties prenantes qualifiées avec les compétences et la passion nécessaires à l’élaboration du document.

Lorsque le comité a été créé, le calendrier ambitieux qu’il s’était fixé – en prévoyant l’achèvement des travaux pour 2011 – semblait presque une mission impossible, en particulier si l’on considère les délais de vote. Mais, devant la nécessité impérative d’une Norme internationale qui fournisse un outil de management permettant d’aborder les enjeux énergétiques critiques et d’harmoniser les normes nationales toujours plus nombreuses, le processus d’élaboration s’est admirablement bien déroulé, avec des délais très serrés.

Quelle aide apportera ISO 50001

ISO 50001 a pour objectif de fournir aux organismes et aux entreprises des stratégies portant sur les aspects techniques et le mode de gestion, qui leur permettront d’accroître l’efficacité énergétique, de réduire les coûts et d’améliorer leur performance environnementale. La norme fournira aux organismes et aux entreprises un cadre reconnu pour intégrer l’efficacité énergétique dans leurs pratiques de management. Les organisations multinationales pourront disposer d’une norme unique harmonisée, à mettre en œuvre sur l’ensemble de leurs sites, avec une méthodologie logique et cohérente pour identifier et mettre en application les améliorations à apporter. La norme vise notamment les objectifs suivants :

  • Aider les organismes à utiliser plus judicieusement les ressources en place consommatrices d’énergie
  • Offrir des conseils en matière d’évaluation comparative, de méthodes de mesure, de documentation et d’indication des améliorations en matière de consommation d’énergie et des prévisions de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES)
  • Créer la transparence et faciliter la communication sur le management des ressources en énergie
  • Promouvoir les meilleures pratiques de management de l’énergie, et renforcer les bons comportements dans ce domaine
  • Aider les unités d’exploitation à évaluer et à privilégier la mise en application de nouvelles technologies à haut rendement énergétique
  • Fournir un cadre pour favoriser l’efficacité énergétique tout au long de la chaîne d’approvisionnement
  • Faciliter l’amélioration en matière de management de l’énergie dans le contexte des projets de réduction des émissions de GES
  • Permettre l’intégration à d’autres systèmes de management déjà en place (environnement, santé et sécurité, etc.)

À suivre

Le lancement d’ISO 50001 devrait, on l’espère, rencontrer un large succès auprès de toutes les catégories d’utilisateurs d’énergie. L’approche PDCA (Plan-Do-Check-Act, Planifier-Faire-Vérifier-Agir) s’est avérée concluante pour le management de la qualité et le management environnemental. Chaque nouvelle norme de système de management apporte une amélioration car elle tire les enseignements de l’expérience des normes précédentes.

ISO 50001 aidera à intégrer au système de management les mesures et d’autres données relatives à la performance. Le système de management de l’énergie efficace est non seulement le moteur d’une gestion efficace des processus, mais également d’une meilleure efficacité énergétique et d’un usage plus judicieux de l’énergie. Comme pour d’autres normes de système de management de l’ISO, il se peut qu’un processus de certification soit mis en place, comme pour ISO 9001 et ISO 14001.

Edwin Piñero
Edwin Piñero

Directeur principal, Développement durable

Veolia Water

North America