Premier entretien avec le Secrétaire général de l'ISO, Rob Steele

Janvier 2009

Vous avez pris vos fonctions de Secrétaire général de l'ISO il y a quelques jours seulement, le 1er janvier 2009. Quelles sont vos premières impressions?

Rob Steele, Secrétaire général de l'ISO
Rob Steele
Biographie de Rob Steele
Télécharger photo (300 dpi)

Rob Steele : La toute première chose qui m'a frappé est le contraste entre la chaleur de l'accueil de l'équipe du Secrétariat central de l'ISO et les températures glaciales à cette saison à Genève. En fait, en quittant mon pays, la Nouvelle Zélande dans l'hémisphère sud pour venir en Europe dans l'hémisphère nord, j’affronte un deuxième hiver en moins d’un an !

Ceci est révélateur de la diversité mondiale. Selon l’endroit où nous vivons, nous pouvons être en hiver ou en été et nos perspectives peuvent être aussi contrastées que le climat. Il est utile de ne pas oublier ces différences pour tirer le meilleur parti de la normalisation internationale et s'assurer que les Normes internationales ISO sont pertinentes à l’échelle mondiale.

Dans certaines circonstances, le consensus international se dégage rapidement car l'état d'avancement de la technologie dicte ce qui est clairement la meilleure solution à un moment donné. A d'autres moments, la diversité de notre monde et les perspectives différentes qu'elle engendre impliquent qu'il peut y avoir des intérêts largement divergents et des points de vue à concilier avant de pouvoir obtenir un consensus pour produire une Norme internationale.

Au lieu de penser qu’il s’agit là d’un inconvénient, nous pouvons choisir d’y  voir une ressource. Quand il n’existe pas qu’une seule réponse juste ou évidente, la solution trouvée a plus de poids si elle a été envisagée sous plusieurs angles; elle en a moins si une seule approche a été considérée. Comme les normes ISO sont d'application volontaire, le processus qui consiste à confronter les points de vue et à négocier jusqu'à l'obtention d'un consensus est important pour assurer l’adhésion des différentes parties qui les mettront en œuvre.

Ainsi, ces deux hivers à affronter en peu de temps me renvoient à l'une des valeurs ajoutées du système de l'ISO : son aptitude à produire des outils pratiques fondés sur un large consensus à la fois entre les différents pays et dans les différents secteurs de l'industrie, quel que soit leur lieu d’implantation sur le globe.

Quelles sont vos priorités?

Rob Steele : La première est de travailler à plein régime aussi rapidement que possible en tant que Secrétaire général de l'ISO. Prendre les rennes après Alan Bryden est un défi de taille– il a mis la barre très haut!

Comme on peut s'y attendre, l'une des premières tâches à laquelle je me suis attelé a été de rencontrer les membres de l’équipe dirigeante pour qu'ils m’informent des principales facettes de l'ISO et des problèmes qui se posent actuellement. En outre, nous établissons une série de réunions avec les différents départements du Secrétariat central de l'ISO afin que je puisse expliquer mon style de management et l'approche que j'ai l'intention d'adopter. Je rendrai également visite à un certain nombre de membres de l'ISO dès que possible et ces visites me donneront l'occasion de bien mesurer la diversité et l'ampleur du travail en cours.

La tâche la plus importante à venir est peut-être de lancer la consultation sur le Plan stratégique de l’ISO2011 – 2015, un document qui va définir les efforts de l'ISO et de ses membres durant une période marquée par les caractéristiques suivantes :

  • la crise économique mondiale qui sévit actuellement pourrait se poursuivre
  • les préoccupations globales concernant l'environnement se poursuivront certainement
  • la révolution technologique globale qui affecte la façon dont nous vivons se poursuivra également et posera des questions d'ordre social et éthique, qui nécessitent des réponses à l'échelle globale.

Une priorité constante sera d'assurer que nous nous ouvrons à une base toujours plus large de parties prenantes. L'établissement de la Coopération mondiale de la normalisation avec la IEC et l'UIT a été une initiative d'une importance déterminante. En outre, les initiatives visant à élargir la représentation des parties prenantes dans l'élaboration des normes sont essentielles pour l'ISO, dans sa recherche constante de maintenir la pertinence de ses normes au niveau global.

En votre qualité d'ancien CEO de Standards New Zealand, vous avez siégé au Bureau de gestion technique de l'ISO, le système de l'ISO ne vous est donc pas inconnu, mais n'est-ce pas une tâche écrasante que d’assumer ce rôle clé de Secrétaire général de l'ISO?

Rob Steele: Elle le serait si j’étais seul ! Or, j'ai le privilège de prendre cette fonction entouré d'une équipe gagnante. Les réalisations de l'ISO dépassent largement ce qu’un individu ou un groupe quel qu’il soit peut accomplir. Elles sont le produit d'un réseau de comités membres de 158 pays, mettant à disposition 50 000 experts pour 201 comités techniques, 542 sous-comités, 2 287 groupes de travail et 63 groupes d'étude ad hoc, appuyés par les effectifs du Secrétariat central, qui représentent 153 personnes. Leurs efforts conjugués contribuent au PIB des pays, réduisent les souffrances dans le monde et fournissent des outils pratiques pour aborder les défis majeurs que doit affronter la communauté globale. C'est pour moi un privilège et un honneur que de rejoindre cette équipe ISO et je me réjouis de travailler avec ses membres dans les années à venir.

Vous avez évoqué votre style de management– pouvez-vous nous donner quelques indices?

Rob Steele: Vous avez sans aucun doute déjà entendu parler du saut à l'élastique. Vous ignorez peut-être, en revanche, que c'est un sport très populaire en Nouvelle-Zélande, au point que Standards New Zealand et Standards Australia ont conjointement élaboré un code de bonne pratique pour cette activité. En tant que CEO de Standards New Zealand, j'ai encouragé mes directeurs et hôtes à faire l'expérience du saut à l'élastique dans le cadre d'une réunion régionale de normalisation. Naturellement, je ne veux pas dire qu'il est indispensable que les cadres dirigeants du Secrétariat central ou du système de l'ISO dans son ensemble soient prêts à «sauter dans le vide», mais j'ai la profonde conviction que les cadres doivent être intrépides– nous verrons !

1er entretien avec Rob Steele, ISO SG