L'ISO envisage une norme relative à l'empreinte eau
par Mélanie Raimbault et Sebastien Humbert*
L’ISO étudie la possibilité d'une nouvelle norme
pour définir un système de mesure de l'empreinte eau qui soit harmonisé sur le plan international.
Actuellement au stade de projet préliminaire (PWI), ISO 14046, Empreinte eau – Exigences et lignes directrices, compléterait les normes existantes sur l'analyse du cycle de vie (ACV) et les travaux en cours sur l'évaluation de l'empreinte carbone que mène le comité technique ISO/TC 207, Management environnemental. La future norme prendrait aussi en compte les normes de la série ISO 14064 sur la comptabilisation et la vérification des gaz à effet de serre (GES).
ISO/PWI 14046 est à l'étude au sein du nouveau groupe de travail GT 8 établi par le sous-comité SC 5, Analyse du cycle de vie, de l'ISO/TC 207.
À sa première réunion, le GT 8 a proposé, pour la norme, le domaine d'application suivant : « Exigences et lignes directrices pour évaluer et rapporter l’empreinte eau sur la base de l’analyse du cycle de vie ». La norme :
- Établirait les principes, les exigences et les lignes directrices pour une mesure de l'empreinte eau des produits, processus et organisations, sur la base des indications sur l'évaluation de l'impact données dans ISO 14044
- Définirait comment aborder les différents types de ressources en eau (par exemple eau souterraine) et d'évacuations d'eau (par exemple eaux ménagères) et comment traiter les conditions environnementales locales (par exemple zones sèches/humides) et socio-économiques (par exemple pays développés/en développement)
- Aborderait les questions de communication associées à l'empreinte eau (sur la base de la série ISO 14020 sur les étiquettes et les déclarations environnementales)
- Serait compatible avec les autres normes de la famille ISO 14000 relatives au management environnemental.
Il n'est pas proposé que la norme offre une méthodologie pour le calcul des compensations, mais elle aborderait des aspects positifs, comme les avantages d'une diminution de l'empreinte eau.
L'origine de l'intérêt pour une norme ISO sur ce sujet est que l’eau douce est une ressource naturelle importante qui se raréfie. Par conséquent, son utilisation efficace exige des outils, des processus et des pratiques de mesure et de gestion qui soient cohérents au niveau international.
En raison du manque de normes internationales dans ce domaine, les organisations dans le monde appliquent différentes définitions et critères pour faire état de l'utilisation de l'eau dans leurs rapports environnementaux, sur l’emballage des produits ou dans la documentation les accompagnant.
Par exemple, les organisations font rarement la distinction entre eau empruntée (par exemple eaux de nettoyage évacuées après utilisation vers la masse d’eau la plus proche) et eau consommée (par exemple eau évaporée qui n’est donc plus disponible pour un nouvel usage), ce qui donne lieu à des confusions concernant leur utilisation de l'eau.
Un enjeu d’une importance croissante
L’enjeu que représente l'empreinte eau gagne en importance, comme l'illustrent les nombreuses conférences sur le sujet et le nombre d'organisations et d'initiatives qui en traitent, notamment le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), le Réseau Empreinte Eau et l'Initiative Cycle de vie menée conjointement par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et la Société de toxicologie et chimie de l’environnement (SETAC).
En outre, des initiatives dans le domaine de l'étiquetage des produits visent déjà à faire état de l'utilisation de l'eau en plus du volume des émissions de GES et/ou d'autres indicateurs fondés sur le cycle de vie.
Une norme ISO sur l'empreinte eau comblerait aussi une lacune importante dans le portefeuille des normes sur le management environnemental. En effet, l'eau douce est rarement considérée comme une catégorie d’impact dans les études ACV actuelles et dans d'autres normes ISO. Dans les ACV, la consommation en eau est le plus souvent traitée comme un produit intermédiaire à utiliser pour l'inventaire du cycle de vie, sans examen approfondi de la question de savoir si l'eau est tirée de ressources limitées de régions sèches, ou de ressources abondantes et renouvelables de régions humides. Les informations qui en résultent sont par conséquent d’une utilité limitée pour la prise de décision.
Une norme expliquant et décrivant ce qu'est une empreinte eau sera donc cruciale pour garantir la cohérence avec d'autres systèmes de mesure environnementaux comme les indicateurs fondés sur le cycle de vie, en particulier pour l'empreinte carbone, ainsi que les autres normes de la famille ISO 14000.
| A propos des auteurs | |
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| Mélanie Raimbault est Secrétaire de l’ISO/TC 207/SC 5. | Sebastien Humbert est Animateur de l’ISO/TC 207/SC 5/GT 8. |
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Les auteurs remercient de leurs contributions Matthias Finkbeiner, Président de l’ISO/TC 207/SC 5, Reginald
Tan, Co-président de l’ISO/TC 207/SC 5, Nydia Suppen, Co-animateur de l’ISO/TC 207/SC 5/GT 8, et Marcel
Schulze, Secrétaire de l’ISO/TC 207/SC 5/GT 8.
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