Catastrophes et normes ISO

par Kevin W. Knight AM*

La côte Est du Pacifique a connu un début d’année tragique, émaillé de catastrophes– des inondations et des cyclones en Australie, un tremblement de terre en Nouvelle-Zélande, un autre au Japon, suivi d’un tsunami et d’une catastrophe nucléaire.  

Tsunami at SendaiLe trunami à Sendai, 2011**. Photo: M. T. Mizutani

Les normes occupent une place centrale dans les enquêtes et les examens qui ont été lancés suite à ces événements – en particulier les normes que l’ISO et son réseau d’instituts nationaux de normalisation ont élaborées, mises à jour et révisées au fil des années en tirant les enseignements de ce type de catastrophes.

Ces normes ont permis aux pays qui les ont mises en œuvre de jouir d’une sûreté et d’une sécurité de haut niveau.

De toute évidence, les normes ne peuvent rien contre les tsunamis. C’est même à se demander si l’on peut faire quoi que ce soit contre ces phénomènes étant donné leur férocité. Que faire également devant un volcan en éruption? Le genre humain doit parfois reconnaître qu’il ne peut pas tout maîtriser et que, dans certains cas, cela relève même de l’impossible.

L’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande participent depuis de nombreuses années à l’élaboration de normes visant à aider les populations à faire face aux difficultés engendrées par les catastrophes naturelles.

Les inondations, les conditions cycloniques et les feux de brousse font partie du quotidien des Australiens. Avant, la société avait pour habitude d’attendre qu’une catastrophe se produise pour ensuite réparer les dégâts. Aujourd’hui, elle fait preuve de proactivité en appliquant des normes à la fois internationales et nationales, ce qui a pour effet de renforcer la résilience du tissu social. Les catastrophes frappent toujours autant, mais les dommages subis par les structures sont généralement moins graves, permettant ainsi à la vie des collectivités de reprendre son cours plus rapidement.  

Tsunami at SendaiLe tsunami à Sendai, 2011**. Photo: M. T. Mizutani

Résilience

L’adoption d’une approche axée sur le management du risque basée sur la norme ISO 31000 pour gérer les situations d’urgences et des catastrophes de manière à assurer la résilience de la communauté a agi comme un élément moteur.

Cette même approche a été adoptée par le Japon et la Nouvelle-Zélande pour vivre avec les risques de tremblements de terre, en mettant l’accent sur l’élaboration de normes de construction qui offrent une certaine protection aux habitants.

La toute dernière série de tremblements de terre qui a secoué la région a montré toute l’utilité de ces normes, en particulier à Tokyo mais aussi dans d’autres parties du Japon.

La façon dont les sociétés affrontent la question des catastrophes, en particulier lorsqu’il s’agit d’application rétroactive des normes, est déterminante. L’expérience de la ville de Christchurch en Nouvelle-Zélande et du Japon montre que les bâtiments construits selon les toutes dernières normes ont très peu souffert du tremblement de terre ou, du moins, ont protégé les personnes qui s’y trouvaient. Quant aux structures qui se sont effondrées, certaines avaient été construites selon des normes plus anciennes mais n’ont pu résister à l’intensité du séisme et d’autres, qui avaient déjà subi des catastrophes par le passé, se sont écroulées en dépit des efforts mis en œuvre pour les consolider. De toute évidence, les normalisateurs ont encore bien des défis à relever avant de concevoir des structures pouvant résister à tous les types de tremblement de terre.

Ce constat montre que la société a un véritable défi à relever: est-elle prête à ce que les normes soient appliquées rétroactivement et, si tel est le cas, qui paiera et à quel prix? Une telle question se pose certainement pour l’Australie, qui a connu des inondations et des cyclones en début d’année 2011.

Autre défi pour la société et les rédacteurs de normes: de quelle façon peut-on (si tant est que ce soit possible) protéger les personnes des tsunamis et des éruptions volcaniques? Cette question me vient car j’ai du mal à nous imaginer un jour capables de «maîtriser» ce genre d’événements.

Essai

Cependant, si l’on s’arme d’un solide système de management du risque, je suis convaincu qu’il est possible de mettre en place des processus permettant de sauver des victimes potentielles. Il comprendra, entre autres choses, de meilleurs systèmes d’avertissement, le développement de programmes d’évacuation et leur mise à l’essai régulière pour veiller à ce qu’ils soient parfaitement compris et que chacun sache ce qu’il a à faire en cas d’alerte.

Certes, étant donné le caractère soudain des tsunamis, on aura beau planifier du mieux possible, les chances d’une réelle réussite sont infimes.

L’autre problème réside bien entendu dans l’attachement des personnes aux zones littorales et aux bords de fleuves. Le Japon en est la preuve. Pour Shigeki Sakai, professeur à l’Université Iwate, «Après un tsunami, il est toujours conseillé de reconstruire les villages plus en hauteur mais, en réalité, les populations s’opposent toujours au déplacement de l’ensemble de la communauté vers les collines. Le temps aidant, elles regagnent progressivement les plaines par commodité. Ce choix du retour peut paraître étonnant, mais c’est dans la nature du peuple japonais.»

On constate la même tendance en Australie, où l’attrait des zones littorales et des bords de fleuves l’emporte sur le risque d’inondation. Idem pour les personnes qui habitent dans des zones exposées aux feux de brousse: elles finissent toujours par y revenir planter des arbres.

Pour résumer, les défis à relever sont à mes yeux les suivants:

  • Comment convaincre les sphères politiques et les dirigeants des collectivités de s’attaquer sérieusement et sur la durée aux risques d’inondation, de cyclone et de tremblement de terre auxquels sont exposées leurs populations?
  • Dans quelle mesure donne-t-on ou peut-on donner un effet rétroactif aux nouvelles normesdans les zones les plus exposées?
  • Dans quelle mesure peut-on faire habiter les populations dans des zones plus sûres?
  • Qui payera pour le déplacement de ces populations?
  • Que faire face aux personnes qui veulent regagner les zones où elles habitaientà l’origine?

Une solution consisterait à appliquer efficacement ISO 31000, Management du risque – Principes et lignes directrices, à la phase initiale de planification et de préparation afin d’aider la société à faire face au caractère incertain des plans de reprise après sinistre et des plans pour le développement de zones touchées par des catastrophes naturelles prévisibles ainsi que des catastrophes inévitables comme les tsunamis et les éruptions volcaniques.

Les normes sont encore souvent considérées comme de simples solutions techniques. Il est grand temps que les chefs d’entreprises, les dirigeants gouvernementaux et les décideurs sur le plan sociétal prennent conscience du potentiel des normes, qui fournissent non seulement des solutions techniques, mais aussi des lignes directrices et des bonnes pratiques pour sauver des vies et la structure économique dont dépendent nos sociétés.

Ne pas saisir l’opportunité du management du risque n’est pas tant une erreur techniquequ’une erreur de leadership.

À propos de l’auteur

Kevin W. KnightKevin W. Knight AM* est Président du comité de projet de l’ISO, ISO/CP 262, Management du risque. Il a dirigé le groupe de travail qui a élaboré la norme ISO 31000 relative au management du risque et a procédé à la révision du Guide ISO 73, Management du risque – Vocabulaire. Il a fondé le Comité technique mixte Standards Australia/Standards New Zealand OB/7–Management du risque.

Kevin Knight est reconnu pour sa participation active aux travaux d’élaboration des normes relatives au management du risque et œuvre depuis 26 ans pour le développement des professions et des praticiens du management du risque dans le monde entier et dans la région Asie-Pacifique en particulier. Pour le contacter:
P.O. Box 226,
Nundah Qld 4012,
Australie.
Courriel : kknight@bigpond.net.au

* Membre de la Division générale de l’Ordre d’Australie.

** Les photos illustrant cet article ont été prises à Sendai, près de l’épicentre du tremblement de terre japonais, juste après la catastrophe qui a été très vite suivie du tsunami. Elles montrent la dévastation causée par ces deux phénomènes. Ces photos ont été prises et aimablement communiquées à l’ISO par M. Tetsuya Mizutani, expert au sein du Comité technique ISO/TC 224, Activités de service relatives aux systèmes d'alimentation en eau potable et aux systèmes d'assainissement - Critères de qualité du service et indicateurs de performance, et du comité de projet, ISO/CP 251, Gestion des ressources. M. Mizutani est Directeur du Bureau de la stratégie de gestion des ressources, Division Planification opérationnelle, Service du réseau d’assainissement, du Bureau de la Construction de la ville de Sendai.

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